Matin bleu

Matin bleu sur les arbres impassibles qui m'étonnent
Pourquoi mon amertume et pourquoi ta douceur ?
J'ai vu passer le fil des longues heures comme mon cœur
Comme un souffle furtif qu'endeuillent les râles d'automne.

Le soleil ravive les âpres blessures au goût d'une jonquille
Par les vaux et par les bois, le sens cache ce décor.
Je cherche ta silhouette féminine, ma force tranquille.
Ne t'avais-je pas dit : délivre-moi de mon triste sort ?

Le poète

Il n'a pas d'âge.
Il vient au monde avec la poésie.
Il n'apprend pas.
Il vit avec les mots qui l'embrasent.

Les mots le réduisent en poussière.
Il vole avec l'oiseau.
Il s'exclame des insolentes prières,
Puis s'endort avec le bruissement de l'eau.

Il fait son marché et s’étonne du monde.
S'il rêve d'un brochet,
Il repart avec une limande.
Son panier a quelque chose d'étoilé.

Il se souvient de chaque seconde,
Il surprend le vol d'un cygne.
Rares sont ceux qui lui font cette offrande
Le poète alors s'engage et en lui-même signe.

Trop peu

Trop court instant,
Quand je me rappelle,
Ton visage intemporelle,
Sur lequel je caresse ta jeunesse,
Le velours des âges dans le trop peu de notre été,
Je suis resté longtemps à te parler,
Dans les extravagantes indécisions de mon automne,
Nous avons ri des cuisantes valses de l’hyménée,
Bien que la terre s'éventra des soupirs monotones,
Il nous fallut braver les songes pour nous rapprocher. 

Les prières de l'enfant

Il vint comme toujours atterré par le pépiement des moineaux vite envolés
Oubliant les toits des dimanches, de branche en branche, courant vers les bourgeons affleurés
Du museau des feuilles enchantées
Puis le mince filet d'une eau douce
Qui dansait avec le soleil
En plainte feinte cherchant la Grande Ourse,
Dans les nuits, au bord du temps vermeil.

L'âge n'efface pas les tourments du vide,
L'âge n'efface pas les silences de nos saisons,
Ni même l'étoile que Tristan abreuve d'enchantement,
L'âge n'efface pas les oripeaux de notre route,
Parsemé de chants que n'oublie pas notre écoute. 
L'âge accentue le retour et l'errance.

A l'aube, les bourgeons nous embrassent,
La joie singulière des oiseaux du printemps,
D'un frisson au bord de la rivière,
Dans les plis d'un auvent,
De prières folles que nous susurre l'enfant,
Dans les mots, les brumes de la terre. 

Lune descendante

C'est par le saule chenu que la nuit émerge,
Je peux voir au loin se dessiner le paysage,
Les vapeurs du pré sont glacées par le vol d'un corbeau,
Se déroule pareil à l'herbe ensevelie, le sentier sauvage,
Joue de ma détresse et de mes pensées graves 
Dans les lueurs d'une lune descendante,
Incrustée de nos reliques ascendantes,
Pourtant, j'entends, presque bizarre, la douce cornemuse.