Fugue

Il me plait de rêver l'aurore,
Fusain de toute musique,
Déplorant la minute stratégique,
Quand vibre seul le décor,
Voici que la symphonie,
S'assemble comme enchantée,
L'apothéose d'une note,
Dois-je feindre un ré,
Sur la touche noire de mon clavier ?
Dois-je lever la main vers le do ?
La promesse de ces doigts sacrés,
De cette harmonie d'un concerto,
Que sais-je de notre ode mouvementée ?

Le rêve

Au jour où tout sombre à l'horizon,
Vermeil, comme un jeune faon,
Près d'un chêne, aux aguets,
Quand l'oiseau boit un peu de rosée,

Juvéniles pensées célébrant la laitance,
-Pour avoir parcouru quelque distance,
Voici la mésange donnant la béquée,
Et un lapin comme stupéfait.

-D'un jour commun, mais aussi d'une œuvre,
Tenant bien son solide bâton,
Chantant l'Ave Maria comme une épreuve,
Sonnera-t-il ce lointain carillon ?

La rivière avec ses méandres clairsemés
Se trouble de son passage idyllique,
Car, en tirant son harmonica encore muet,
Il voit frémir toute une faune aquatique.

Les truites disparurent et plonge la grenouille,
Les clapotis se troublent et l'onde grouille ;
Quelques rochers ont des soupirs de vierges,
Tandis que le soleil effleure à peine les berges.  

On entendait le silence haletant,
Le rossignol se cachait comme un vieil amant,
Des grillons, nulle stridulation lancinantes,
Du rêve, qui s'échappe soudain de la branche ?


Le peintre

Parle bas, dit l'homme au chapeau,
Le silence est une partition,
Tandis que les instruments, tes pinceaux,
Plus loin, on voit l'esquisse d'un pont.

Mes toiles finies, j'en fais don,
A cet art, je suis hermétique,
Palettes qui font de la musique,
Par touches, sans hésitation.

Le chevalet fit une sorte de bon,
Le tableau peignait le foin,
Un panier de cerises sur le coin,
Je courais après boustrophédon.

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?

Femme

Cette femme m’a appris toutes les femmes. Elle les réunit toutes. Il m’a semblé incroyable qu’elle existât. Il faut du temps pour que la femme vienne, sans fard, sans désir, sans volonté. Il faut du temps pour que la femme surgisse et vous comble par son instant. Sa beauté, sa grâce, ses gestes, son discours délicat, ses pas. Elle a effacé tous les troubles, les a suscités tous, les a brandit avec son rire perlé, ses yeux fragiles, la main de son cœur et les a sublimés.

Simplicité

Dans la simplicité, il se retrouve bien mieux que dans les nœuds de mots amoncelés qu’il ne saisit pas et dont il ne voudrait pas se saisir, pour tout l’or du monde. Ceux qui font place aux autres par leur discrétion est gage d’authenticité. Les mots les plus simples sont les gestes les plus simples. Les balades au clair de lune, avec ma Muse, gentianes et pourpres, bleuets et ambroisies, au suc des lèvres et des rêveries.