Le verbe aimer

L’absence

On ne guérit jamais d'un amour,
Si tu me le dis,
S'agit-il d'un parjure ?
Quand s'entremêlent les jours,
L'on succombe, c'est sûr.
A te le dire, je jure
Que mon sang bouillonne sans mesure.
Qu'il faille que mes yeux te suivent,
Que mon cœur s'enhardisse,
Que mes mains longent tes cieux,
Que nos rives s'unissent,
Pour que l'absence s'émeuve.
journal posthume

Syndrome de l’enfant

Dans la cour de l’école, un enfant pleure. L’autre assène un coup de pied à son camarade. S’ensuivent coups et blessures. Un surveillant se précipite pour les séparer, pendant qu’il en est encore temps. La violence microsociale dans la cour est un reflet parfait pour exposer ces luttes intestines de l’humain. Autrefois, les hommes s’entraidaient pour survivre ; de nos jours, les hommes s’entredéchirent pour vivre. L’enfant gâté des temps modernes. Une guerre qui commence très tôt. la guerre physique et psychologique. Ce qui me frappait, depuis longtemps, c’était cette ruée brutale et bruyante dans nos cours d’écoles. Ça hurle !!! On entend, l’impitoyable et cruelle voracité. Une forme de régression élémentaire, à n’en pas douter. Marchez dans les rues, vous reconnaîtrez, aisément de loin, l’école avoisinante. Des cris à vous broyer le cerveau. De quoi s’enfuir à toutes jambes. Je ne crois pas à la vertu de l’innocence de l’enfant. Ceux-ci sont les hommes de demain. Chacun se heurte à ses handicaps. Notre société est dans un déni affolant. Depuis le début, quelque chose va mal. Pour avoir visiter d’autres régions du monde, où l’enfant semble bien plus mûr que la plupart des enfants que l’on rencontre chez nous, j’en détecte la différence. Celui-ci vit une précellence harmonieuse. Peut-être est-il moins déchiré que les enfants de l’Occident ? Peut-être vit-il simplement une réalité familiale, sans qu’il n’y ait besoin d’insister sur sa pseudo-place, celle-ci étant d’emblée incluse au sein d’une unité sociale ? Quand certains adultes évoquent l’enfant en eux, à quoi font-ils allusion ? Ils sont leur enfant d’hier, c’est tout… Je ne vois pas la différence, dans le fond. Il s’agit d’un syndrome. Trop parler d’enfant, c’est comme pas assez…

journal posthume

Souk

Epices et épicéas. Sur une étagère, j’ai posé une vieille cruche et un moulin à café. Le feu ronronne paisiblement. Il y a très longtemps, en Tunisie, à Gabès, je fis la découverte d’un souk, le fameux souk aux épices. Tandis que je marchais tout le long des étals, je respirais gourmandement les couleurs, déposées en tas sur la toile. Le soleil avait l’ardeur du sud et l’éclat des lumières aveuglantes. Nous avions fait cette escale avant de poursuivre le périple vers le désert, en direction de l’étrange ville qu’est Gomrassenne, où circule la légende des sept dormants. Nous étions hors du temps, dans un espace épuré de prétention. Du sable, des pierres et des histoires d’hommes.

journal posthume

Février

Février tend une joue à l’hiver saisonnier. Un vent du nord nous glace jusqu’aux os. Des petites tâches, comme on sait pratiquer dans la cabane attenante de l’ouvrier. Quelques pas dans le frisson du jour. Février est gris, les mains rougies par le froid.

humour mordant

Vendredi

Illustration de Geluck Philippe

Dans le cerveau, il y a, ou des cas niveaux par monts et par vaux, des circuits courts circuités, des labyrinthes d’un cervelet à l’autre, de ténébrescence en gérescence, ou fluorescence en effervescence, mais une radiance inconséquente, je puis vous l’assurer, puisque certaines prépondérances vont de purulence en inadvertance, ou bien encore d’encens par essence, substance sans animosité, mais gare aux sentences sans sens, car, elles sont incapables de faire pénitence. Aimer les mots en anse, c’est Byzance. Comme j’étais paresseux à l’école, j’ai fini par ne plus y croire. Sans lien avec ce qui précède…

Crépuscule

Fleurettes

Quand saisi par tes fleurettes,
Au léger goût de particules,
Sevré de tes blanches braisées,
Carillonnent les cloches au loin.
Vois-tu la main que j'ai tendue ?
La voile déchirées par un marin,
Des amants qui fuient la canicule,
J'en fais surgir nos doux baisers,
Et dans l'écume de notre ronde lune,
Cette course n'est plus poussière.
C'est alors, que débordent des vagues de lumière,
Et dans l'ombre de nos mots, je te dis : secret mystère.
Le verbe aimer

Elle

Avait-elle le charme d’autrefois ? Que pouvait bien signifier cette expression ? L’homme aime faire silence devant la femme de son rêve. La regarder et voir dans l’éclat de ses yeux un indicible ailleurs.

Nous marchions souvent ensemble, sous les arcades de Rivoli. Elle portait des gants en mousseline, serrait l’ombrelle que je lui avais offert. Je la menais là où mes rêves voulaient devenir des souvenirs, et lui parlais de mes projets tandis qu’elle faisait un léger balancement de la tête. Aimer, elle, cette femme, jusqu’à ses premières rides que je n’ai jamais vues. Aimer son ventre qui n’a jamais porter mes enfants. Aimer son sommeil que je n’ai jamais partagé.

journal posthume

Trop de mots

J’avais remarqué que trop de mots tuait les mots. Il y a une espèce de vomissures dans ce déballage, parfois totalement inapproprié. Les effets de mode sont assez pervers. Déjà, à la cour d’école, tous les enfants imitent sans réfléchir cette dictature du moment. Dès que le temps des billes arrivait, on ne sait par quel miracle, ou plutôt, par quel décret, tout le monde jouait aux billes. Idem pour la corde à sauter, ou au jeu de la marelle. C’était le moment X. Il n’y en avait pas d’autres. Qui aurait oser bouleverser l’ordre établi ? Quelques uns. Un ou deux, tout au plus. Parfois, personne. Si l’âme existe, elle doit bien vouloir fuir son ombre. Je suppose que oui. Mais l’âme n’existe pas. Je veux dire, qu’elle ne sort pas du néant (ex nihilo). L’âme est immortelle. L’âme, c’est le Divin. Néanmoins, je ressens comme une sorte de salvatrice nausée. Oui. Saine et salvatrice nausée devant le dégueulis surabondant des temps modernes. Quand l’homme parle trop c’est sûrement qu’il n’a plus rien à dire.

humour mordant

Dimanche

Dix variations pour dix manches, dix genoux de tes dix pas, mais dis, comment tu vas ? J’ai dix sous cachés dans un bas, et dix paires de yeux pour un coeur qui bat. Je repasserai par là, dix fois et même vingt fois ; surtout n’y crois pas, car ce dis en dit plus long qu’un silence au plus bas, et si tu viens, je viens dix fois plus que toi. Ça ne va pas ? Si si, tout va.