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Incohérence d’internet

Course effrénée aux « like », dispendieuse anarchie névrotique de la reconnaissance artificielle, prostitution déguisée des mœurs des temps actuels. Regardez-moi, oh mon bon miroir, faites que j’existe sous les phares ! Narcissisme et quête désastreuse dans la tourmente d’une dérive de perte de sens. La quantité prévaut-elle sur la qualité ? Rassurez-moi que j’existe bien, car sans vous que serais-je ? Likez-moi, donc j’existe. Déplorable aveu au milieu de cette masse informe. Pourtant, quelques petites perles que l’on peut découvrir, ici ou là, même dans un fatras d’illusion. Je vois défiler les « like » à la seconde même où je publie et puis quelques défilements sans cohérence, sans volonté réelle de l’échange, des « like » sans fil conducteur, jetant sur le probable une ignominie d’improbables. A se lécher d’ennui devant ce vide écœurant.

journal posthume

Femme

Puisque je suis homme, puisque le désir m’a traversé d’une empreinte primitive, j’ai croisé les affres de l’amour, mais le piège est grand d’en faire un édifice, de faire couler une sorte de bave insidieuse devant quelques rêves inconsumés. La beauté d’une femme, son attraction n’en fait pas une marchandise, les temps dépravés, et ceux qui en parlent le moins le vivent avec une indicible douceur, car la Femme est bien à l’Homme, sa muse attitrée. Je fais le songe d’un lac où brûlent mes ardeurs, quand de la Femme, j’ai respiré un parfait parfum inachevé. Mais, comme je l’aime cette femme venue des temps du vrai amour, du temps où, semblable à la soie que l’on n’ose plus froisser, les parures de son âme vêt son corps d’une mémoire parachevée.

journal posthume

Saturne

Oripeaux de mots, lancés comme une bravade, sur les pamphlets oratoires de la fanfaronnade. Messieurs et mesdames, les sirupeux et pathologiques bons sentiments, quand tourne le vent, voici Saturne qui, rageusement, vous offre vos âpres moments, sortis tout droit d’une nouvelle peu recommandable. Plus l’on parle de ce qui n’est pas vécu et plus la ronde tourne avec des airs de vieilles foires. Pelons l’orange aux quatre coins du vent, puis du bleu de tes yeux, voyons un peu ce que le ciel t’en dit. Un mot pensé très fortement ne fait pas de toi ce que tu es. Je te le dis, car entre nous, les volets fermés de tes yeux ne produisent que simples borborygmes de masse. Saturne ! dresse-toi de tes six étapes insolubles dans les brumes de l’espace et offre cet anneau à qui de droit. Voilà un grand mystère qui m’arrêta à la lisière fauve d’un serment et je vins jusqu’à toi pour te demander une indicible faveur : délivre nous de ce pathos pleureur…