journal posthume

Mon coup de sang

Toutes les guerres sont terribles. Elles sont lourdes de conséquence. Pour autant, existe-t-il des guerres légitimes et d’autres moins légitimes ? De quel côté sommes-nous ? Personnellement, je ne crois pas que notre point de vue ou nos réactions diverses soient efficaces. Qui est véritablement l’ennemi ? Je me pose cette question. J’ai visité plusieurs fois la Russie, et même quand j’étais adolescent lors d’un voyage scolaire. A l’époque, c’était l’URSS. Je me souviens avoir ramené quelques souvenirs et dont je lui avais fait présent. Elle avait rougi et ses yeux avaient brillé si intensément que j’ai cru qu’elle allait perdre connaissance. La маленькая русская девочка… L’âme slave est intrigante, fascinante, imprévue. Mais, je me suis aussi trouvé dans quelque misérable contrée, celle des oubliés, des bannis. Ceux qui respirent le trop différent… Je n’oublie pas ces guerres cruelles que l’on ne nomme pas. Les guerres des faciès basanés, des rondeurs de l’Orient, les esprits des ancêtres, ceux des indiens des plaines, et toutes ces victimes des conquistadors, puis les cas désespérés depuis l’odieuse guerre menée par l’Occident contre tout ce qui n’est pas Elle. Un acharnement contre le sacré, la tradition, la différence, la beauté intérieure. Non, vraiment, je n’ai pas de parti pris si ce n’est envers le juste. Tout le reste est un dégueulis médiatique…

Images de la guerre en Syrie qui n’en finit pas….

humour mordant

Excessivité

« L’évidence pourlèche les paroles. Mais à trop se déverser, il en vient des propos indigents ». Ainsi s’exprima le potelé marquis de la jouissance. Il leva son petit doigt et savoura un reste d’outrecuidante sauce au vin blanc. Jamais je ne le vis aussi plaisant, sa perruque abondante quelque peu de travers, mais sa mine rose lui seyait sans nul doute. « Je suis le parfait samaritain et, de mes dix doigts opportuns, je joue sur les cordes amulettes de chacun. N’est-ce pas enfin une victoire, alors que la tragédie prend des airs de victime ? Non, non, non ! Insupportable cette mise-en-scène ! J’ai bien fait de marcher à côté de mon paladin. »

Le verbe aimer

Sépulture

Invraisemblance jubilatoire,
Partout d'une vague scène,
Au son des pseudo-oratoires, 
Quelle est encore cette querelle ?

Toi, femme dont l'aurore peine,
Le mot d'un répertoire halluciné,
Le vent ici fait sa scandaleuse tournée,
Puis, la mort avait chosé sereine,

Les climats d'une plainte et d'une destinée,
Pareils à un bol de lait de ferme,
Sans que je ne puisse plus m'exprimer,
Ah ! Pitié femme éventrée pleine de haine.

Des bleuâtres lèvres calcinées, 
Je vis ton âme s'écorcher de brûlures,
Ton cadavre gît comme la feu dulcinée,
Ah ! Pitié, achève donc ta lente sépulture !
journal posthume

Mes frères

Nous étions jeunes et nous n’avions que nos rêves, une douce mélancolie de pionniers parisiens. Paris est une mangeuses d’enfants. Nous n’avions que Paris. Un grand microcosme. Pourtant, nous habitions près de la station Monge. Je me souviens de nos courses folles sur les sentiers du Jardin des Plantes. J’aimais sentir la vase, l’eau stagnante au fond du parc botanique. Nous étions trois indisciplinés garçons. Notre mère exerçait très peu d’autorité sur nous. Elle nous surveillait avec beaucoup de vigilance, mais riait aussi de notre fougueuse juvénilité. Trois garçons, ce n’est pas rien. Nous apprîmes à être des sauvages en pleine Capitale. Mon frère Jacques était l’ainé. Jean-Marie était le cadet et j’étais le benjamin. Je vénérais Jacques. Plus tard, je le comparerai au grand Meaulnes. Il y a toujours au fond de moi, un tremblement inavoué d’émotion. Jacques était une idole à part entière. C’est sans doute trop. Oui. Mais, Jacques nous entraînait toujours dans de folles aventures. J’ai parfois des souvenirs en noir et blanc. Je ne peux pas me l’expliquer. Certains de mes souvenirs sont teintés d’argentique. Certains quartiers de Paris sont du noir et blanc, agrémentés de jaune vieilli. Mes souvenirs se sont juxtaposés avec les photos de l’album. Vénéré un frère est une réalité au-delà des mots. Jean-Marie m’avait devancé. Il m’avait devancé dans cette vénération. Il est des êtres si lumineux, si profonds qu’ils sont des soleils pour ceux qui les entourent…

journal posthume

Souffrance

Travail de la terre. Préparation en attendant que le soleil chauffe le sol et l’aide à murir. Des jours de sueur. Je lis ici ou là. Je pose, au-dessus du lit, quelques ouvrages en cours. J’ai peine à finir la page. Mes yeux m’emportent loin, sur le vaisseau de nuit. Ce qui se passe dans le monde m’étourdit. Je ne crois pas que l’on puisse dire quoi que ce soit. Le peuple est toujours à la merci de certains prédateurs. Je ne crois absolument pas que tout soit aussi simple à décrypter. Attendons. Nos pensées vont vers tous ceux qui souffrent, inconditionnellement, dans un monde de fous. Nous sommes tous ceux qui souffrent. Il n’y a pas de souffrances légitimes. Il n’y a pas le camp des bons et celui des méchants.

journal posthume

Cadenas

Dès que le verbe vouloir s’abandonne, les strophes de tes mains gagnent en langueur et j’attends sans plus jamais le « vouloir ». Qu’il est odieux d’avoir tracé d’une poussée macabre, le désir de tout posséder, même dans les affres d’un rêve. J’imagine un monde sans « vouloir », le tracé de l’être. Sans doute encore un désir au sein d’un désir. Mais vouloir est comme ne plus recevoir. Une fermeture et un cadenas.