journal posthume

Connais-toi !

Quand l’homme ne se connaît plus, qu’il est sans cesse dans l’acquis, il n’est pas loin de sombrer. Celui qui se contente des émotions en enfilade s’est accroché à la coquille. Celui qui s’accroche à la coquille est voué à disparaître. Aller jusqu’au bout, c’est se laisser guider par l’invisible, par l’esprit des choses. Celui qui s’identifie à ses émotions, celui qui s’identifie à ses images est un être figé. D’où nous vient d’écrire ? D’où nous vient de poser les mots comme autant de jalons sur une voie que l’on ne connaît pas ? D’où nous vient d’être ? La superficialité, le fait de ne pas se connaître fait de nous des êtres à-demi… Le connais-toi est la pierre fondatrice de tout homme. Les cancres ne cherchent qu’à masquer leur ignorance. Quel brouillard ! Quelle nuée ! Nous revenons de loin. Beaucoup se pensent évolués parce qu’ils portent des costumes à leur image. Des prétentions de l’écriture et des prétentions à l’Art. L’âme est inspirée. Le travail à la Flaubert, suée sang et eau engendre un art mécanique, alors que les écrivains d’aujourd’hui n’arrivent même pas à sa cheville. Maupassant s’était bien aperçu de l’autre face cachée avec son Horla. L’hypocrisie de certains est manifeste. Faite donc du yoga à la place ! Les supermarchés de l’écriture, ainsi que les supermarchés spirituels sont les mêmes. Poésie de gare, et mots égarés. Je crois à l’inspiration. C’est l’entre-deux. C’est le temps de l’apnée et c’est le temps du vivant. Seulement, l’on confond instantanéité avec instant. L’on confond inspiration avec mécanicité. Rétrogradation de l’homme. C’est un constat définitif, mais non fermé. Connais-toi, bon sang !!!

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La voix du silence

De l’incohérence au démembrement : La poésie fusionne avec le corps. Comment voulez-vous la découvrir dans le débordement plat, sans ligne de conduite ? Je lis, ça et là, de la fabrication poétique, trouve de la faconde artistique, mais point d’âme. Il ne suffit pas de dire « silence » pour être saisi par celui-ci. Tout comme il ne suffit pas de dire « âme » pour être entré dans le mystère et avoir été submergé par lui. La magie ne tient pas dans les mots mais dans les cœurs en soubresaut. Le mot est effusion d’un monde qui touche au Divin. La lumière anime ces sculptures étreintes par l’âme. Le mystère n’est pas inaccessible, il est juste infini, illimité. Il est des êtres qui sont passés de l’autre côté et je l’ai vue assaillie par la lame de fond, par la brisure. Ses yeux avaient plongé et avaient vu. Elle en rapportait parfois des nouvelles, mais, jamais elle n’en revenait véritablement. C’est cela l’œuvre d’art : n’en jamais revenir. ne jamais plus écouter des chansons de basses gammes, ni d’être attiré par ce qui est superficiel, ne plus se perdre dans les bruits sans fond. Il faut longtemps avant d’épouser la voix du silence. C’est ce qu’Édouard me répétait quand il me trouvait ravagé par son absence. Je ne comprenais absolument rien à tout cela. Absolument rien ! Pourtant, petit à petit, les morceaux ont choisi de se placer, un à un, à leur juste place. Ce n’est pas ce que l’on croit. N’allez pas imaginer une seule seconde que cela correspond avec ce que vous connaissez.