journal posthume

Corps

Un homme oublie volontiers son corps. Il oublie les circuits intérieurs, les tubes digestifs, les alvéoles, les cellules et le sang qui coule, comme par miracle, dans les veines. La peau s’allège en vieillissant, et au naturel, le visage d’une femme, nimbé de vie, nous raconte les pays traversés, les émouvantes larmes, le chemin dépoussiéré, au creux des roches. Un homme oublie volontiers la complexité de sa machine organique, fasciné par les technologies qui ne sont que de pâles copies. Abrupt, le corps nous parle et il est tantôt montagnes, tantôt surfaces lisses, prairies nacrées, ruissellement de temps et éternité mouvante. En cet instant, je me souviens. Présent d’un langage basique, mais d’une haute voltige. Je palpe les rides d’une mère, les prémices d’une peau de velours, le rire de pêche d’un nouveau né, et la soie ivre des jours alanguis de femme suave. L’homme oublie volontiers la source originelle de telles émanations de vie. Une main, éclairée de jour, la présence de jade et le toucher translucide.

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6 commentaires sur “Corps

    1. Ben, je dirais qu’être homme, c’est toute une vie. Homme-Femme, quelle apprentissage ! Beaucoup de femmes errent aussi dans leur labyrinthe, se masculinisant, tout comme beaucoup d’hommes demeurent des perpétuels adolescents, gadgétisant, avilissant la formidable vie. Notre société est devenue une véritable fête foraine, grandeur nature. La maturité est un long chemin. Notre corps de transition n’est qu’un corps de transmigration. Nous emporterons en nous notre élan. Peut-être plus pour d’autres, peut-être moins.

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  1. Je ne pourrais pas vraiment vous donner de réponse à ce sujet. Un jour, je lisais que nous étions des voyageurs, que « Brahman » voyageait en nous. Etroits liens avec le Sacré, le Divin, et notre accomplissement. Le christianisme institutionnalisé n’évoque pas vraiment ce fait. Mais, je reprends cette sentence : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. » Nous pouvons comprendre ces propos comme une préparation en nous-mêmes afin que la lumière divine soit notre demeure. Il ne faut certainement pas s’arrêter à ce monde. Ni au pied de la lettre. Il faut laisser parler les propos de Dieu en nous.

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  2. « Une main, éclairée de jour, la présence de jade et le toucher translucide. »
    Très joliment dit
    « L’homme oublie volontiers la source originelle de telles émanations de vie… »

    Peut être que c’est parce que l’homme est davantage dans la matérialité et l’immédiateté de la vie. Il en oublie la transparence.
     » Ce corps qui souhaitait fleurir comme une branche,
    Porter ses fruits, devenir flûte dans le gel,
    L’imagination l’a enfoui dans un essaim bruyant
    Pour que passe, et l’éprouve, le temps musicien. »Georges Seferis
    Jai beaucoup écrit sur le corps notamment dans mon essai Fibromyalgie, la 2de partie intitulé « mon corps est une île » 🙂

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    1. Merci Marie. Je viens aussi de découvrir votre commentaire. Je ne sais pas pourquoi cela passe dans les « indésirables »
      Oui, certains hommes ont perdu leur acte de naissance, quelque part…
      Je vous remercie de faire part de vos écrits…
      J’irai voir.

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