journal posthume

Visite de Paul

Mon ami Paul vient de me déverser un de ses drôles de romans tragiques. Encore une histoire de femme vénale ! Elle s’était rapprochée, pour profiter de lui, pour se mettre en avant, pour briller des faux diamants qu’elle croyait pouvoir obtenir, une fausseté pitoyable. Elle avait profité de la différence d’âge, de son petit déhanché sournois. Elle avait agité les mains et les pieds. Le pauvre Paul avait succombé à ses œillades. Je n’ai aucune excuse, m’avoua-t-il. Quand la vie nous plonge dans le plus grand désarroi, on a de soi quelques lambeaux à ramasser, mais en vérité, il s’agit d’une véritable faille, la faille par laquelle je l’ai laissée m’avoir. Je savais que quelque chose n’allait pas. Mais, à ma façon, ça me plaisait d’être aimé. Pauvre type ! Je lui fis quelque tapes dans le dos. Il y en a plus que nous l’imaginons de ces femmes. D’ailleurs, la plupart des gens sont faux et ne s’approchent de vous que pour un intérêt personnel. Mais Paul ne m’écoutait pas. J’ai perdu la femme de ma vie, et lui, il a perdu ce qu’il ne possédait même pas. Un mirage de plus ! J’ai de la chance d’avoir de fidèles amis. Des amis depuis l’enfance, et des rencontres solides faites en cours de vie. C’est vrai, je pense toujours à elle. Elle me hante. Elle me tient tout entier. Nos années, nos années, je les retiens avec toute la rage d’un homme qui n’en a pas d’autres.

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L’enfer

Un homme plonge dans les enfers. Il sent le soufre. Il sent la chair. Il sent aussi toute sorte de putréfaction. La peau craquelle, brunie par les émanations des mondes souterrains. Le corps chancelle et les tâches s’amoncellent. Sa jeunesse, au sang chaud, s’en est allée dans les remords. Il ne ment pas. Il parle avec parcimonie, sans délétères mortifications. Sa sortie des ténèbres en fait un pantelant bonhomme. Il pèse chaque instant. Ne plus être un consommateur, plutôt un consommé alternatif. On peut apprendre de ses erreurs, beaucoup apprendre. On peut tout aussi bien s’enfoncer encore plus loin. Persister à n’être qu’un mi-homme. Celui-là, il décide de le placer tout contre un mur et de le regarder droit dans les yeux. Maintenant, il lui dit : Tu ne tromperas plus personne, à commencer par toi, pauvre sot !

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Connais-toi !

Quand l’homme ne se connaît plus, qu’il est sans cesse dans l’acquis, il n’est pas loin de sombrer. Celui qui se contente des émotions en enfilade s’est accroché à la coquille. Celui qui s’accroche à la coquille est voué à disparaître. Aller jusqu’au bout, c’est se laisser guider par l’invisible, par l’esprit des choses. Celui qui s’identifie à ses émotions, celui qui s’identifie à ses images est un être figé. D’où nous vient d’écrire ? D’où nous vient de poser les mots comme autant de jalons sur une voie que l’on ne connaît pas ? D’où nous vient d’être ? La superficialité, le fait de ne pas se connaître fait de nous des êtres à-demi… Le connais-toi est la pierre fondatrice de tout homme. Les cancres ne cherchent qu’à masquer leur ignorance. Quel brouillard ! Quelle nuée ! Nous revenons de loin. Beaucoup se pensent évolués parce qu’ils portent des costumes à leur image. Des prétentions de l’écriture et des prétentions à l’Art. L’âme est inspirée. Le travail à la Flaubert, suée sang et eau engendre un art mécanique, alors que les écrivains d’aujourd’hui n’arrivent même pas à sa cheville. Maupassant s’était bien aperçu de l’autre face cachée avec son Horla. L’hypocrisie de certains est manifeste. Faite donc du yoga à la place ! Les supermarchés de l’écriture, ainsi que les supermarchés spirituels sont les mêmes. Poésie de gare, et mots égarés. Je crois à l’inspiration. C’est l’entre-deux. C’est le temps de l’apnée et c’est le temps du vivant. Seulement, l’on confond instantanéité avec instant. L’on confond inspiration avec mécanicité. Rétrogradation de l’homme. C’est un constat définitif, mais non fermé. Connais-toi, bon sang !!!

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La voix du silence

De l’incohérence au démembrement : La poésie fusionne avec le corps. Comment voulez-vous la découvrir dans le débordement plat, sans ligne de conduite ? Je lis, ça et là, de la fabrication poétique, trouve de la faconde artistique, mais point d’âme. Il ne suffit pas de dire « silence » pour être saisi par celui-ci. Tout comme il ne suffit pas de dire « âme » pour être entré dans le mystère et avoir été submergé par lui. La magie ne tient pas dans les mots mais dans les cœurs en soubresaut. Le mot est effusion d’un monde qui touche au Divin. La lumière anime ces sculptures étreintes par l’âme. Le mystère n’est pas inaccessible, il est juste infini, illimité. Il est des êtres qui sont passés de l’autre côté et je l’ai vue assaillie par la lame de fond, par la brisure. Ses yeux avaient plongé et avaient vu. Elle en rapportait parfois des nouvelles, mais, jamais elle n’en revenait véritablement. C’est cela l’œuvre d’art : n’en jamais revenir. ne jamais plus écouter des chansons de basses gammes, ni d’être attiré par ce qui est superficiel, ne plus se perdre dans les bruits sans fond. Il faut longtemps avant d’épouser la voix du silence. C’est ce qu’Édouard me répétait quand il me trouvait ravagé par son absence. Je ne comprenais absolument rien à tout cela. Absolument rien ! Pourtant, petit à petit, les morceaux ont choisi de se placer, un à un, à leur juste place. Ce n’est pas ce que l’on croit. N’allez pas imaginer une seule seconde que cela correspond avec ce que vous connaissez.

humour mordant

L’Art

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Les quartiers sont les villages de notre conscience. Le quart, ce quart qui met en partage. Et l’Art ? Car, l’Art n’est pas originalité, mais origine. Si l’art n’élève pas, c’est alors confondre un restaurant avec un fast-food. L’Art percute notre âme. Mais, il ne la viole pas. Je pense que nous confondons l’art et les problèmes psychiatriques de certains. Confondre bruit et musique. Confondre atelier et zone industrielle. L’Art devenu égouttoir des impasses de notre psychisme. Bon, je veux bien de l’art thérapie… L’œil d’un homme coincé dans ses dédales et la galerie s’amuse. Mondanités des faux-culs. La citrouille d’un gargarisme hoquetant éclatée sur une toile blanche. Il y en a qui n’ont pas peur. Le ridicule ne tue pas, dit-on. J’ai beau scruter longtemps un tableau, je ne trouve pas qu’une patte de mouche sur un fond noir puisse faire jaillir le meilleur de moi-même. L’Art dans tous ses états !!!

Le verbe aimer

L’aimer

L’aimer comme un homme peut aimer, comme un homme peut se perdre. L’aimer comme on aime la femme, le cœur mutilé, puis le cœur serré jusque dans ses bras. L’aimer, jusqu’à la vénérer, la poser sur un arbre, délesté des rougeurs sculpturales. L’aimer à se perdre dans les aimer, aimer, aimer ! Le buisson tremblant à la lumière de son aura. L’aimer jusque la chanter, lui dire ce que l’on ne dira jamais. L’aimer jusque dans les frémissements des vagues au large. L’aimer jusqu’à ce que le blanc des sables s’éteigne à la pâleur de nos draps. L’aimer puis l’aimer, perdre le ciel, la terre, le froissement du vent, les premières neiges, les pas que l’on n’ose pas. L’aimer sans faillir l’aimer, sans oublier de l’aimer, la saisir par les mots et le regard. L’aimer jusqu’au cœur, et se cacher pour la voir. L’aimer apprenant à l’aimer. L’aimer dans sa voix profonde et le mystère de sa lumière. Lui murmurer : Ne bouge pas ! Surtout ne bouge pas !

humour mordant

Chez cuculand

Les chansonnettes pour midi-net, apologie de la bêtise. Romance à deux balles sans rien de profond, mais vas-tu un peu plus plonger au-delà de ta sentimentalité ? le monde est à gerber. On nous vole nos amours, on nous vole nos amitiés : tout est abîmé. Bon sang ! le cerveau des hommes est une écumoire baveuse. Cuculand. Musique défoncée au supermarché, heure de pose, ou pause débridée. L’amour ménage, Monsieur propre au logis, cervelle d’oiselle et autre acabit. Chez cuculand, on parle d’amour mais on ne sait pas aimer. Non ! je me trompe : on ne parle pas d’amour. C’est le vide existentiel. Depuis quand la vie avait son sens ? On nous bassine avec du vide, on ne comprend pas ce que l’on n’a jamais expérimenté. Des loques, des lambeaux de chair. Des rumeurs de cerveaux. Il n’y a plus ni homme ni femme, mais des ombres qui déambulent dans un décors usé, miteux. Des fesses, on en voit partout et des mains qui s’y posent, quelle blague ! Réinventer l’homme ! Réinventer la femme ! On s’ennuie avec ces corps vidés de leur charme.

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La quantité tue

Comment être attaché à ce qui ne dure qu’un instant et perdu l’instant d’après ? J’ai beau me gratter la tête, je ne parviens pas à comprendre la folie, le délire presque macabre des hommes. Bon ! Je sirote quelques textes. Sinon, on se rend compte de la cacophonie mentale. J’ai l’impression d’être dans un lugubre cauchemar. Cette quantité de textes, de mots sortis tout droit d’une tombe monumentale me donnent à fuir. C’est nauséeux. Du à peu près, du copier-mental en quantité. Comment font tous ces gens qui vivotent de réseaux sociaux ? Réseaux démentiels, à n’en pas douter !

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Le cœur hideux

J’ai toujours été profondément dégouté par le mépris que l’on a à l’égard de la femme et je me posai la question quand il advint que je vécus un dialogue assez troublant, voire interpellant, et ce avec une certaine personne dont je tairai ici le nom. Ce qui compte après tout, c’est l’esprit de la chose que je développerai présentement. Parlons de synchronicité, de coup du hasard, il n’en reste pas moins que cela advint. L’on me fit le récit bien cruel des aveux d’une personne qui revenait de loin.

Elle raconta sa chute terrifiante, ses déboires dans les tréfonds sordides de son psychisme. Elle le fit avec une telle lucidité que l’on se demandait comment elle avait pu vivre pareil cauchemar. Je ne dévoilerai pas son enfer, mais ses propos firent l’effet d’une révélation qui me laissa stupéfait. Il y a avait de l’honnêteté dans ses confidences.

Non ! ne considérez pas ces dires comme une simple confession, car, il fut le pire des proxénètes : il prostitua sa mère, sa sœur et sa propre fille. Il fit étalage de leur corps sur les réseaux sociaux, les étala comme de vulgaires corps. Il était allé si loin dans son éclatement psychique et mental qu’il ne voyait plus en elle des gens de sa famille. Il s’agissait juste de corps, d’objets sexuels. Il en vint à dire, non sans éprouver pour lui-même une sorte d’abjection personnelle : tous les corps se valaient. Toute cette hiérarchie des corps exposés, de la jouissance la plus triviale, au règne des sens les plus épouvantables, m’avaient complétement dépourvus du moindre sentiment de filiation. Pour moi, aucun humain n’était humain. Tout était chair, luxure, source jubilatoire de plaisir, de rut et d’égoïsme, le plus éhonté qui soit. Un véritable étalage brisant les digues, non pas de la décence, mais de l’humain. Tel un drogué, j’avais sombré dans une totale négation de l’homme pour assouvir plaisirs de la chair, obscénités, désordres et concupiscences en tout genre. C’est quand ma mère sombra dans la folie la plus démentielle, qu’elle tua sa propre fille que je me réveillai du plus sordide des cauchemars. Je prie conscience du dérèglement de l’humanité, de son commerce sexuel sans borne, de sa plus inhumaine attitude, du règne démoniaque qui sévit aujourd’hui, au vu et au su de tous, sans que personne n’y trouve plus rien à redire. Les hommes vendent leur mère, leur fille, leur sœur, leur frère sans plus aucune espèce de discernement, d’empathie, de considération. L’homme déteste jusqu’à son humanité qu’il détruit jour après jour, sans même comprendre qu’il corrompt tout de ses mains hideuses.

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L’odeur

Édouard semble débonnaire et paradoxalement austère. Il est souvent silencieux, mais quand il prend la parole, je l’écoute. Toujours ! Il y a en lui un frère. C’est indéniable. Je sais qu’il n’aime pas que je l’évoque. Il se transforme alors en véritable tortue. Pourtant, hier, quand je lui lus un passage d’un écrit sur internet, il me répondit aussitôt ceci : Il est des âmes pures. Elles sont très rares, mais, il en existe encore. Alors, je lui demandai : Comment reconnais-tu ces âmes ? Comment es-tu certain qu’elles soient pures ? Parce que je le vis de l’intérieur, me répond-t-il. Parce que c’est une vérité qui vient percer le cœur et non l’agiter. Être vrai est une pureté. Il s’agit aussi d’un tout. Alors, je poursuivis mes questions : Mais, c’est quoi d’être vrai ? Comment déterminer qu’une chose soit vraie et qu’une autre soit fausse ? Il se mit à rire. Il plissa ses petits yeux comme de coutume et me déclara : C’est une question d’odeur.