Ison

Du fond de ton errance, 
A l'ellipse lointaine,
Courte fraction du temps éternel,
Ta chevelure aérienne,
Ton pas menu, tes infranchissables distances,
Voici un jour, voici une semaine,
Auprès de moi, ainsi que je t'aime,
Je me fais fidèle à servir ton heure,
Par ces secondes de bonheur,
Course vénérable, Ô ma vagabonde !
Messagère de mon cœur !
Sublime court arrêt, je suis ton amant,
Enfièvre de joie et du peu de mon moment,
Dis-lui, Ô Muse ! que c'est l'aveu de mon poème.

Beta Cygni

L'élégance d'une pluie d'étoiles,
Dans la nuit noire, là-haut,
Spectacle d'un espace serti de matière,
Le couple singulier d'Albiréo,

Diadème d'un Cygne bleuté de lumière,
Rêvant d'une croix stellaire,
Des soleils révolus par nos yeux,
Le saisissement du temps des cieux.

Ces deux cœurs se lamentant,
Des chauds jours les séparant,
Tremblant quelque part dans l'univers,
D'un rouge abondant et d'un bleu soyeux.

Fugue

Il me plait de rêver l'aurore,
Fusain de toute musique,
Déplorant la minute stratégique,
Quand vibre seul le décor,
Voici que la symphonie,
S'assemble comme enchantée,
L'apothéose d'une note,
Dois-je feindre un ré,
Sur la touche noire de mon clavier ?
Dois-je lever la main vers le do ?
La promesse de ces doigts sacrés,
De cette harmonie d'un concerto,
Que sais-je de notre ode mouvementée ?

Le rêve

Au jour où tout sombre à l'horizon,
Vermeil, comme un jeune faon,
Près d'un chêne, aux aguets,
Quand l'oiseau boit un peu de rosée,

Juvéniles pensées célébrant la laitance,
-Pour avoir parcouru quelque distance,
Voici la mésange donnant la béquée,
Et un lapin comme stupéfait.

-D'un jour commun, mais aussi d'une œuvre,
Tenant bien son solide bâton,
Chantant l'Ave Maria comme une épreuve,
Sonnera-t-il ce lointain carillon ?

La rivière avec ses méandres clairsemés
Se trouble de son passage idyllique,
Car, en tirant son harmonica encore muet,
Il voit frémir toute une faune aquatique.

Les truites disparurent et plonge la grenouille,
Les clapotis se troublent et l'onde grouille ;
Quelques rochers ont des soupirs de vierges,
Tandis que le soleil effleure à peine les berges.  

On entendait le silence haletant,
Le rossignol se cachait comme un vieil amant,
Des grillons, nulle stridulation lancinantes,
Du rêve, qui s'échappe soudain de la branche ?


Le peintre

Parle bas, dit l'homme au chapeau,
Le silence est une partition,
Tandis que les instruments, tes pinceaux,
Plus loin, on voit l'esquisse d'un pont.

Mes toiles finies, j'en fais don,
A cet art, je suis hermétique,
Palettes qui font de la musique,
Par touches, sans hésitation.

Le chevalet fit une sorte de bon,
Le tableau peignait le foin,
Un panier de cerises sur le coin,
Je courais après boustrophédon.

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?