Femme

Cette femme m’a appris toutes les femmes. Elle les réunit toutes. Il m’a semblé incroyable qu’elle existât. Il faut du temps pour que la femme vienne, sans fard, sans désir, sans volonté. Il faut du temps pour que la femme surgisse et vous comble par son instant. Sa beauté, sa grâce, ses gestes, son discours délicat, ses pas. Elle a effacé tous les troubles, les a suscités tous, les a brandit avec son rire perlé, ses yeux fragiles, la main de son cœur et les a sublimés.

Simplicité

Dans la simplicité, il se retrouve bien mieux que dans les nœuds de mots amoncelés qu’il ne saisit pas et dont il ne voudrait pas se saisir, pour tout l’or du monde. Ceux qui font place aux autres par leur discrétion est gage d’authenticité. Les mots les plus simples sont les gestes les plus simples. Les balades au clair de lune, avec ma Muse, gentianes et pourpres, bleuets et ambroisies, au suc des lèvres et des rêveries.

La douleur

Les images de certains jours sont des hantises. L’amour d’un homme devient un harcèlement et il prend forme dans les visages qui passent sur les trottoirs. Cette sensibilité a-t-elle droit de citer dans ce monde qui nous étouffe ? L’amour d’un homme dans les bras des draps froissés… Aimer plusieurs fois tient de la folie. Aimer sans visage. Aimer sans corps. Aimer la douleur.

Les étoiles

J’ai coutume de ranger méthodiquement mon atelier. J’ai aménagé moi-même, avec du bois que j’ai récupérés, des casiers. Cela m’a pris des années. Mais le résultat est au-dessus de mon attente. Enfin, la maison est prête. Mes livres disposés sur une étagère mobile, mon bureau sous l’escalier et mon coin virtuel face à la fenêtre. J’y vais assez rarement pour le moment. Je travaille encore en écrivant sur des feuilles que je range, comme tous mes outils, dans des tiroirs ouverts. Aujourd’hui, Gérôme est passé. Mon plus vieil ami. Il ne parle pas beaucoup. Il me demande des nouvelles, allume une pipe, puis, après un bref tapotement sur l’épaule, il s’en va. La nuit tombe et les étoiles scintillent. Elles clignent avec une constance assez déconcertante. Je remonte vers elles.

Promenade

L’occupation des jours se résume à beaucoup d’imprévus. Il semble que ma relation avec cet outil de travail, ce moyen d’investigation me mène à reconnaître le bienfondé d’une approche assez baroque du monde. La terre travaille. Elle nous ramène à l’humilité et nous insécurise aussi, ce qui me semble nécessaire aujourd’hui. Je ne peux pas aller plus loin. Je mentirai autrement. Mais j’aperçois ici et là de belles personnes, de belles œuvres fondamentalement humaines. C’est une paix qui s’installe quand tout va mal. Je cultive le silence, même sur ce blog. Je me promène.

Escale à Louksor

Éluder notre confort est semblable à l’indigeste repas servi à grand renfort d’alcool pour oublier notre naissance. Des textures œnologiques, des attouchements fébriles dans la rusticité du palais mental. Rien n’y fait : nous n’échappons guère à notre naissance. Il est vrai que le prodige du voyage est d’enclencher le voyage en nous-mêmes, sinon, le surplace est la seule conclusion qui s’impose. J’y pense depuis tous ces jours. Voyager, c’est en quelques sortes partir à l’aventure d’une rencontre. Bien souvent, dans l’inconfort de la salle d’attente, dans quelque brumeux ou poussiéreux locaux perdus au fin fond de la brousse, quand le simple fait de transpirer nous fait redouter le pire, insalubrité et lourdeurs en tout genre. Un de mes souvenirs majeur est sans doute notre escale en Egypte, lors d’un long périple. Cette escale, qui dura une huitaine d’heures, dans le fameux aéroport de Louksor, me fit remonter dans le temps. Je ne voyais plus que les imposantes pyramides. De nature assez distraite, je peux rester ainsi des heures entières, complètement décalé, en marge du temps.

La nudité dans laquelle nous plonge un voyage est une réelle opportunité pour nous heurter sans pudeur et une fois pour toute. Les autres nous apprennent à nous voir, sans possibilité de se cacher derrière un masque. Ici, c’était le temps qui me donna une leçon d’humilité.

Raideurs

La formidable opportunité est de délier les langues jusqu’à la simplicité évoquée. Évider l’incontournable propos, mais s’ajuster au son le plus harmonieux. De nos innombrables voyages, nous avons rencontré souvent une petite ruelle inévitable, celle que l’on finit toujours par traverser, n’importe où dans le monde, aux relents putrides, qui vous suffoquent jusqu’au plus profond de votre propre âcreté, et vous traversez ce moment d’apnée, courbé à tout jamais, vous perdant dans votre occident, enchaîné par les raideurs pestilentielles et vous ne savez plus si ces odeurs viennent des poubelles d’une cité arriérée d’un quelconque tiers monde, ou bien s’il s’agit de votre mental froidi par des années de conditionnement. Combien de fois avons-nous vomi nos raideurs ? Puis, à plonger dans les yeux d’un enfant en guenilles, nous respirons enfin à plein poumon. Cet enfant misérable, qui me voit tel un dieu, ne sait pas combien sa simplicité vient briser la sclérose de mon cerveau.

Degré forcené

Le degré forcené de l’écriture épurée est sans doute un ancrage pour l’écrivain. Peut-être plus. Sommes-nous composés de composition ? Sommes-nous asservis par la lecture des mots qui essorent notre réalité et la conditionnent de nos conditionnements ? Des fragments épars de mise en mots dans la délectation à la fois esthétique, consensuelle, épouvantée sans doute par nos parchemins existentiels… Quelle couleur et quelle texture pour amplifier ce qui ne saurait être abordé que par la sincérité ? Jean me parle d’oeuvre, Mathilde de capillarité conjoncturelle (c’est une pure scientifique !). Ni l’un ni l’autre ne me convainc de cette nécessité obligée d’une forme d’aboutissement. Je suis sûr que tout est abouti. Pourtant, nous balbutions sans cesse ce précisément abouti en un recommencement de forme et de synthèse. J’envisage l’écriture comme une mélodie inconnue que je surprendrai à l’orée d’un bois. La mélodie de notre âme ? Ecrire comme le sauvetage de soi, dans l’abandon d’une folie que l’on ménage avec compassion…Sans doute.

Le désir

Mon désir de la femme est plus que corporel. Quand un homme s’éveille à la femme en lui, il souhaite rencontrer son esprit en elle. Je songe à une vie tranquille, feutrée dans les gestes quotidiens, perdue dans la maison des bois. Je songe à sa présence sereine. La sexualité galvaudée a un goût de cendre. La complicité n’est pas une pulsion, ni même un assouvissement. Nous nous sommes perdus dans la débandade des sens. Nous avons méprisé la femme. Nous nous sommes méprisés aussi.