Vénération

L’instant de la rencontre me hante. Je suffoque presque de ne pouvoir aller vers elle. Il y a dans sa féminité, l’homme que je suis et celui que je vais devenir. Ce moment, cette simple seconde et tout bascule. Dans l’esquisse, je la retiens, je l’enveloppe, je la prolonge. Cet un effleurement inquiet, chargé de vénération. La tentation de ne pas brusquer, le désir de ne pas froisser le dessin. Son aura me hante. Elle est à peine réelle, je la sens naître par ma présence. Elle vit. Je ne veux pas rompre cet instant.

Matin bleu

Matin bleu sur les arbres impassibles qui m'étonnent
Pourquoi mon amertume et pourquoi ta douceur ?
J'ai vu passer le fil des longues heures comme mon cœur
Comme un souffle furtif qu'endeuillent les râles d'automne.

Le soleil ravive les âpres blessures au goût d'une jonquille
Par les vaux et par les bois, le sens cache ce décor.
Je cherche ta silhouette féminine, ma force tranquille.
Ne t'avais-je pas dit : délivre-moi de mon triste sort ?

Le poète

Il n'a pas d'âge.
Il vient au monde avec la poésie.
Il n'apprend pas.
Il vit avec les mots qui l'embrasent.

Les mots le réduisent en poussière.
Il vole avec l'oiseau.
Il s'exclame des insolentes prières,
Puis s'endort avec le bruissement de l'eau.

Il fait son marché et s’étonne du monde.
S'il rêve d'un brochet,
Il repart avec une limande.
Son panier a quelque chose d'étoilé.

Il se souvient de chaque seconde,
Il surprend le vol d'un cygne.
Rares sont ceux qui lui font cette offrande
Le poète alors s'engage et en lui-même signe.

Trop peu

Trop court instant,
Quand je me rappelle,
Ton visage intemporelle,
Sur lequel je caresse ta jeunesse,
Le velours des âges dans le trop peu de notre été,
Je suis resté longtemps à te parler,
Dans les extravagantes indécisions de mon automne,
Nous avons ri des cuisantes valses de l’hyménée,
Bien que la terre s'éventra des soupirs monotones,
Il nous fallut braver les songes pour nous rapprocher.