Instantané

Diagonale

Du sable intransigeant,
Allons donc ce pressentiment,
Au terrier de nos engagements,
Visible est notre flétrissure,
Mais, de la diagonale,
Mes mots n'ont rien amputé.
Les folies d'un loup de mer,
Je te suis pas à pas,
A l'ombre d'une fougère,
Récit de mes pas indolents,
Les mains plongeant jusqu'aux vagues,
Je te veux présente,
Assise sous un arbre,
Parlant savamment de nos constellées amantes.
Je te veux étrange et limpide,
Bruissée de nos silences,
Quand ton regard puise,
Au lointain d'une tourelle,
Je te veux profonde et exquise,
Marchant droit alors que frissonne le doux matin.  
Instantané

Vaisseau de nuit

Le vaisseau de nuit,
Sans embrun ni fragments,
La beauté de l'instant.

Fracassée de ces mots,
L'eau susurre, 
Les yeux nervures,
Le songe d'un lendemain.

La lumière jette un clair-obscur,
Pourquoi ces brisures,
Implantées dans les mots sans fin ?

Viens ! ma chair auprès de mes jours,
Cherche mes noirceurs,
Mon indécise césure,
La brume de mon cœur.
journal posthume

La poésie facile

Certains ont la poésie qui sonne faux, à couper les herbes rases, à dire ce qu’ils n’ont jamais vécu. Qu’ils approchent par le mot ces lignes blanches, ils en font un instrument de torture et de dissonance pour ceux qui puisent dans leur sang. La chair des mots, la chair des dents, la peau arrachée, la nudité écorchée, ensablée et dont on a vêtue de sel pour des saisons que l’on tait avec pertinence. Que sait-on des lunes qui passent, et des aubes qui s’attardent ? Que sait-on du chant des amours broyés par les ouragans ? Du crépuscule, des sempiternels mensonges. Quelques miettes et quelques vomissements.

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Venelle

Le temps d’un embrasement, j’ai perçu un peu de répit. Ce sang vermeil qui galope dans les plaines et va rejoindre le lointain rivage de ceux que l’on aime. Et si l’amour était une pointe que l’on plante dans le creux d’un murmure ? Je sais que là-bas, les sèves d’une possible joie me surprennent. Ton petit cœur, femme éternelle, a le jus d’une tourterelle. Quand, passant par une venelle, je surprends le chant d’un battement d’aile, il me semble que tout n’est pas vain.

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Etoiles fixes

Plus qu’un corps, une voix et plus qu’une voix, un regard, et plus qu’un regard, une joie. Le soleil peut disparaître et les étoiles filer dans une autre constellation, dans tes yeux, j’ai vu ton corps, et par ton corps, j’ai vu ton regard. De cette élasticité qui vient de la lumière, à l’aurore où tout se tait, quand tu viens plus près, ma Grande Ourse, mon Orion, ma Gazelle depuis Céphée jusqu’à la Voie Lactée, brillante, mes étoiles fixes et celles de l’Epée, combien de nuits à toutes les répertorier sur ton âme chétive et mon âme enfiévrée ?

journal posthume

Remonter le courant

Remonter le courant clair des rivières, remonter à la source et victoire ! Ne plus se laisser rampant sur un sol stellaire, y cueillir une ondée, une gloire. Une femme fait un homme et un homme fait une femme. Il cogne ce nouveau cœur, il cogne et vient se ressourcer à la voix étrange d’une âme, forgée d’écume et de flamme. La lumière d’un cœur, d’un seul cœur dans la nuit, et les jours sont soudain ce saumon nageant depuis la mer, bravant mille et une roches séculaires. Dans l’aspérité d’une transpiration, à tes écailles flamboyantes, sur les feux du soleil grisant, le voyage devient, certes, une épopée.

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L’âme obscure

Il y a fort longtemps, je tins entre les mains, un livre bien complexe. L’ayant trouvé dans un vieux rayonnage, je me surpris à le saisir presque fébrilement. Il s’intitulait L’âme obscure. Je le parcourais de bout en bout avec beaucoup d’attention. Dans le fatras juvénile, je me posais certaines questions élémentaires. Le titre de l’ouvrage était obscur. Mystérieux, j’en conviens. Dans ma soif de connaître l’âme, je me dis, pourquoi ne pas commencer par cet étrange bouquin ? L’impression finale de ma lecture correspondait, un tant soit peu, au titre de l’ouvrage : obscurité ! Il pesait une atmosphère glauque. Le destin d’un homme perdu, apathique, sans vie. L’auteur, Daniel-Rops, avait su pointer la face obscure d’une lune. Lune sans soleil ; un cœur à la dérive. L’âme n’est pas lumineuse dans sa nature d’âme. Elle est semblable à une lune. Conjointement liée à la lumière rayonnante d’un astre fabuleux. Or, n’est-il pas des âmes obscures, ténèbres d’une avarie peu commune ? Plus tard, je lisais la Nausée de Sartre. La nausée putride d’un homme sans vie. Telle fut ma conclusion implacable. Nous prenons souvent comme exemple, des hommes sans lune ni soleil. Triste constat d’un monde devenu grabataire.

journal posthume

Le visage

Le visage nous trahit tout entier, les yeux plus encore. Avec le temps, la vie laisse ses traces, les traces de l’âme. Que pouvons-nous y lire ? Toute une vie. Elle garde sa page blanche, mais les jours ont passé. La fragilité des paupières interrogent les douceurs d’un plissement de soie. Quel rêve se creuse sur les heures écoulées ? Quel flouté dans le regard ? Dans l’instant, le corps a parlé, avec cette beauté.