Fugue

Il me plait de rêver l'aurore,
Fusain de toute musique,
Déplorant la minute stratégique,
Quand vibre seul le décor,
Voici que la symphonie,
S'assemble comme enchantée,
L'apothéose d'une note,
Dois-je feindre un ré,
Sur la touche noire de mon clavier ?
Dois-je lever la main vers le do ?
La promesse de ces doigts sacrés,
De cette harmonie d'un concerto,
Que sais-je de notre ode mouvementée ?

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?

Degré forcené

Le degré forcené de l’écriture épurée est sans doute un ancrage pour l’écrivain. Peut-être plus. Sommes-nous composés de composition ? Sommes-nous asservis par la lecture des mots qui essorent notre réalité et la conditionnent de nos conditionnements ? Des fragments épars de mise en mots dans la délectation à la fois esthétique, consensuelle, épouvantée sans doute par nos parchemins existentiels… Quelle couleur et quelle texture pour amplifier ce qui ne saurait être abordé que par la sincérité ? Jean me parle d’oeuvre, Mathilde de capillarité conjoncturelle (c’est une pure scientifique !). Ni l’un ni l’autre ne me convainc de cette nécessité obligée d’une forme d’aboutissement. Je suis sûr que tout est abouti. Pourtant, nous balbutions sans cesse ce précisément abouti en un recommencement de forme et de synthèse. J’envisage l’écriture comme une mélodie inconnue que je surprendrai à l’orée d’un bois. La mélodie de notre âme ? Ecrire comme le sauvetage de soi, dans l’abandon d’une folie que l’on ménage avec compassion…Sans doute.