Instantané

L’Adieu d’un frère

Pour elle, j'aurais décroché la lune
Pour elle, j'aurais déplacé des montagnes
Pour elle, j'aurais gravi des dunes
Pour elle, j'aurais connu le bagne.

A l'heure où rosit la fraîcheur des bois,
Tu avais effleuré la douce nuée du lierre
Tenant l'éloge d'un violon aux abois
Plongeant dans les frémissements d'un vert.

Pour elle, j'aurais bu de l'eau claire
Pour elle, j'aurais perdu la vie
Pour elle, j'aurais effacé les rideaux de fer 
Pour elle, j'aurais freiné mes envies.

Dans ses orbites creuses, que la vie déserte,
Une larme. Il pleure, tremble, il a peur.
Ses derniers mots : "j'veux pas crever la gueul'ouverte."
Lucide jusqu'au bout. Adieu en bé mineur.
journal posthume

Auto-like

Y a-t-il quelqu’un pour m’expliquer les auto-like ? Est-ce de l’autosatisfaction, de la vanité, ou ai-je manqué quelque chose ? Je me suis posé la question en voyant cela sur certains blogs, assez fréquemment du reste. L’amour de soi, ou le manque d’amour de soi, est-il à ce point si intensément irrésistible pour que certains manifestent publiquement, et sans honte leur narcissisme ? Comme il ne m’est jamais venu à l’esprit de le faire, et comme ma gentille souris ne me harcèle pas à ce point, j’avoue être un peu dépassé. Peut-être est-ce une fausse manœuvre de l’informatique, un dérapage du clavier ? Mais alors, comment expliquer cette récurrence ? Au début, je me disais : il s’agit certainement d’une erreur. Mais quand celle-ci se répète, cette explication ne tient plus du tout. Ensuite, plusieurs personnes, de différents blogs, le font. S’agit-il d’un code que j’ignore ? C’est vraiment incroyable ! J’avoue n’y rien comprendre.

Bon, je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ? Ah ! ce monde du virtuel ! Quelle découverte !

Merci de m’avoir lu, je vous aime…

journal posthume

La voilà la blanche hermine

Ce matin, la neige fond au soleil. Il reste, dans certaines zones ombreuses, quelques parcelles rétives, celles que l’on aimerait accrocher dans la tiédeur, ici ou là, comme un tableau que l’on suspend pour qu’il ne bouge pas. Pourquoi les gens n’aiment pas l’hiver ? Tout à l’heure, Corinne m’a déclaré qu’elle était heureuse du retour du printemps, qu’elle n’aimait décidément pas l’hiver. Je me demande pourquoi. Pourquoi ne pas vivre chacune des saisons avec joie ? Je n’aime pas ceci, je n’aime pas cela. Beaucoup d’immaturité ! L’hermine blanche passe… Le ruisseau chante. Le froid nous dit : reste chez toi ! Endors-toi !

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Derniers des mohicans

Dans les campagnes reculées de France, j’ai rencontré des hommes. Ils sont comme les derniers indiens des plaines. Je sens leur âme pleine. Des rides sur le front, mais des mains qui sentent encore la terre. Je préfère leur sueur âcre du soir, leur démarche un peu débonnaire, leur grognement salutaire et leur langue peu loquace, aux déprimés des villes, aux viles âmes des rues mortifères. Quand l’homme aura perdu ses prétentions, il sera le paysan qui laboure en silence son champ. Qu’il s’appelle Michel, Jérôme ou Salomon, j’ai ri en frottant mon verre au leur. Ils ne sont points nigauds et d’une œillade chatouilleuse, me font comprendre qu’ils ne sont pas dupes de leur temps.

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Les ruses de l’âme

L’âme ruse et l’âme nous laisse sans voix. Dans la saupoudreuse neige, des pas minuscules de petites bêtes, des traces de dentelle sur des milliers d’étoiles compactes. Il s’agit d’une marque imprécise, et c’est dans le soubresaut du jour, quand le soleil décline lentement, qu’une couleur fauve surgit dans le froid. Quelques vestiges de neige éclaboussent le sol. Au loin, je crois voir Mathilde.

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Elémentaire

Elémentaire, mon cher Watson. Nous nous revîmes après un bref moment d’absence. Comme il jurait par monts et par vaux que telle ou telle énigme se savourait lentement eu égard à la présente inquisition, il devint l’éléphant des grands lendemains triviaux. Il entreprit d’organiser le grand voyage. Il en vint à citer Marc-Aurèle et même Cicéron. Il garda pour le dessert une vue de Socrate. Mais, il bouda le fromage en croûte. Je ne sais toujours pas pourquoi.

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Saturne

Oripeaux de mots, lancés comme une bravade, sur les pamphlets oratoires de la fanfaronnade. Messieurs et mesdames, les sirupeux et pathologiques bons sentiments, quand tourne le vent, voici Saturne qui, rageusement, vous offre vos âpres moments, sortis tout droit d’une nouvelle peu recommandable. Plus l’on parle de ce qui n’est pas vécu et plus la ronde tourne avec des airs de vieilles foires. Pelons l’orange aux quatre coins du vent, puis du bleu de tes yeux, voyons un peu ce que le ciel t’en dit. Un mot pensé très fortement ne fait pas de toi ce que tu es. Je te le dis, car entre nous, les volets fermés de tes yeux ne produisent que simples borborygmes de masse. Saturne ! dresse-toi de tes six étapes insolubles dans les brumes de l’espace et offre cet anneau à qui de droit. Voilà un grand mystère qui m’arrêta à la lisière fauve d’un serment et je vins jusqu’à toi pour te demander une indicible faveur : délivre nous de ce pathos pleureur…

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Ouste !

Veines et gageures, ouste, allez voir ailleurs. Les corbeaux au-dessus des lois qui tournoient. Vaines paroles et sentier de joie, tes étés du soleil en poudre, tes lavures au bain public, je n’en veux plus. J’ai écris sur ces pages jaunies, des tempêtes que tu ne connaîtras pas. Tel funeste ouragan, et le capitaine tient le vent. Sans doute as-tu ris, mais, ici, les sables ont des larmes. La bouteille feint de tanguer et j’en oublie l’orgie de ton absence. Sur le volet gris, une mouche s’est posée. Là où tu vas, je ne vais pas.

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Désespoir du monde

Le désespoir doit se payer cher des mots que l’on vole à d’autres, sans en considérer la portée, à en rire, grossier grotesque. Ces volages envolées, de fadeurs répétitives, le serpent qui se mord la queue, boucle inachevée d’une forcenée percée, sans admettre que sortir de l’enfer est une prouesse héroïque et quelques aventuriers puisent dans la besace de leur vérité ce que les mots, les moins lunés, noces du ciel, à s’en écœurer, à vomir les discours, toutes ces impostures puériles, ces impostures qui ne veulent plus rien dire, qui reviendront, avant longtemps, se ruer dans les boues édentées au souvenir du désespoir des estropiés. Mystique mystifiée, improbable mystique des temps radiés. La spiritualité à rebours. La contre-initiation. Le noir dessein des cerveaux accrochés aux jabots des insolents.