journal posthume

L’enfer

Un homme plonge dans les enfers. Il sent le soufre. Il sent la chair. Il sent aussi toute sorte de putréfaction. La peau craquelle, brunie par les émanations des mondes souterrains. Le corps chancelle et les tâches s’amoncellent. Sa jeunesse, au sang chaud, s’en est allée dans les remords. Il ne ment pas. Il parle avec parcimonie, sans délétères mortifications. Sa sortie des ténèbres en fait un pantelant bonhomme. Il pèse chaque instant. Ne plus être un consommateur, plutôt un consommé alternatif. On peut apprendre de ses erreurs, beaucoup apprendre. On peut tout aussi bien s’enfoncer encore plus loin. Persister à n’être qu’un mi-homme. Celui-là, il décide de le placer tout contre un mur et de le regarder droit dans les yeux. Maintenant, il lui dit : Tu ne tromperas plus personne, à commencer par toi, pauvre sot !

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Le cœur hideux

J’ai toujours été profondément dégouté par le mépris que l’on a à l’égard de la femme et je me posai la question quand il advint que je vécus un dialogue assez troublant, voire interpellant, et ce avec une certaine personne dont je tairai ici le nom. Ce qui compte après tout, c’est l’esprit de la chose que je développerai présentement. Parlons de synchronicité, de coup du hasard, il n’en reste pas moins que cela advint. L’on me fit le récit bien cruel des aveux d’une personne qui revenait de loin.

Elle raconta sa chute terrifiante, ses déboires dans les tréfonds sordides de son psychisme. Elle le fit avec une telle lucidité que l’on se demandait comment elle avait pu vivre pareil cauchemar. Je ne dévoilerai pas son enfer, mais ses propos firent l’effet d’une révélation qui me laissa stupéfait. Il y a avait de l’honnêteté dans ses confidences.

Non ! ne considérez pas ces dires comme une simple confession, car, il fut le pire des proxénètes : il prostitua sa mère, sa sœur et sa propre fille. Il fit étalage de leur corps sur les réseaux sociaux, les étala comme de vulgaires corps. Il était allé si loin dans son éclatement psychique et mental qu’il ne voyait plus en elle des gens de sa famille. Il s’agissait juste de corps, d’objets sexuels. Il en vint à dire, non sans éprouver pour lui-même une sorte d’abjection personnelle : tous les corps se valaient. Toute cette hiérarchie des corps exposés, de la jouissance la plus triviale, au règne des sens les plus épouvantables, m’avaient complétement dépourvus du moindre sentiment de filiation. Pour moi, aucun humain n’était humain. Tout était chair, luxure, source jubilatoire de plaisir, de rut et d’égoïsme, le plus éhonté qui soit. Un véritable étalage brisant les digues, non pas de la décence, mais de l’humain. Tel un drogué, j’avais sombré dans une totale négation de l’homme pour assouvir plaisirs de la chair, obscénités, désordres et concupiscences en tout genre. C’est quand ma mère sombra dans la folie la plus démentielle, qu’elle tua sa propre fille que je me réveillai du plus sordide des cauchemars. Je prie conscience du dérèglement de l’humanité, de son commerce sexuel sans borne, de sa plus inhumaine attitude, du règne démoniaque qui sévit aujourd’hui, au vu et au su de tous, sans que personne n’y trouve plus rien à redire. Les hommes vendent leur mère, leur fille, leur sœur, leur frère sans plus aucune espèce de discernement, d’empathie, de considération. L’homme déteste jusqu’à son humanité qu’il détruit jour après jour, sans même comprendre qu’il corrompt tout de ses mains hideuses.