journal posthume

Les étoiles

Photographie de Nikita Poleshchuk

Durant des heures, avec Mathilde, Isabelle et Édouard nous observons le ciel. Pas de lanterne ! Nous nous réchauffons avec du café ou du thé. En ce moment, le ciel parle beaucoup. Marthe et Claudine sont reparties dans le pays du Languedoc. Leur finesse et leur jovialité nous manquent. Elles ont étudié l’astronomie et même se sont intéressées à l’astrologie. Univers ancestral et féerique. J’ai beaucoup appris avec elles. Quand sereine, Chantelle (nous l’appellerons ainsi) refermait le livre, elle s’en allait, elle disparaissait dans les pensées les plus mystérieuses. Je ne pouvais rien y faire. Elle s’échappait. Comme j’aurais aimé entrer dans ses rêves ! Comme j’aurais aimé lui dire qu’elle m’impressionnait ! Je me suis toujours senti le pire des frustres. Une rocaille pétrifiée. A-t-elle su transpercer mon âme ? Je ne sais pas vivre sans elle et pourtant je continue… Ses silences me hantent. Ses mots me hantent. Sa fragilité et sa force me manquent. Son aura me manque. Son univers, sa présence. Pourtant, elle est là et aucune femme ne peut la remplacer. Fou, je le suis! Je la cherche partout. Je la vois partout. Même les étoiles ont son langage. Tout cela est un terrible mystère.

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Etoiles fixes

Plus qu’un corps, une voix et plus qu’une voix, un regard, et plus qu’un regard, une joie. Le soleil peut disparaître et les étoiles filer dans une autre constellation, dans tes yeux, j’ai vu ton corps, et par ton corps, j’ai vu ton regard. De cette élasticité qui vient de la lumière, à l’aurore où tout se tait, quand tu viens plus près, ma Grande Ourse, mon Orion, ma Gazelle depuis Céphée jusqu’à la Voie Lactée, brillante, mes étoiles fixes et celles de l’Epée, combien de nuits à toutes les répertorier sur ton âme chétive et mon âme enfiévrée ?

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Invitation au voyage

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Les études servent bien à quelque chose. Il faut s’étonner des études supérieures qui sont les plus fastidieuses et contrairement à ce qui nous a été dit, ce sont les chemins parallèles qui nous apprennent le plus. Mais pourquoi apprendre, me demandera-t-on ? C’est mon ami Édouard qui vous répondra comme toujours : A moins d’être réduit à l’état de légume, à un être végétatif, nous sommes nés pour apprendre. Nous sommes nés aussi pour nous découvrir, re-découvrir. Pour ma part, les étoiles, les astres, les galaxies me révèlent un monde qui ne cesse de me surprendre. C’est bien en regardant ce ciel infini que je vois le seuil de ma porte. Non ! N’allez pas rire. Je suis tombé amoureux des étoiles. Chacun sa passion ! Depuis toutes ces années, j’y reviens inlassablement. Ce que les hommes ont trouvé comme appellation pour les désigner est une pure poésie et révèle leur état d’âme. Encore une invitation au voyage. Ce monde est une infinité de mondes, une découverte insatiable. L’homme n’apprend pas par nécessité ; il apprend car ce monde fourmille d’énigmes incroyables ! ajoute Édouard en ramenant sa pipe à la bouche. Le voici parti très loin, le regard vague.

Crépuscule

Ison

Du fond de ton errance, 
A l'ellipse lointaine,
Courte fraction du temps éternel,
Ta chevelure aérienne,
Ton pas menu, tes infranchissables distances,
Voici un jour, voici une semaine,
Auprès de moi, ainsi que je t'aime,
Je me fais fidèle à servir ton heure,
Par ces secondes de bonheur,
Course vénérable, Ô ma vagabonde !
Messagère de mon cœur !
Sublime court arrêt, je suis ton amant,
Enfièvre de joie et du peu de mon moment,
Dis-lui, Ô Muse ! que c'est l'aveu de mon poème.
Crépuscule

Beta Cygni

L'élégance d'une pluie d'étoiles,
Dans la nuit noire, là-haut,
Spectacle d'un espace serti de matière,
Le couple singulier d'Albiréo,

Diadème d'un Cygne bleuté de lumière,
Rêvant d'une croix stellaire,
Des soleils révolus par nos yeux,
Le saisissement du temps des cieux.

Ces deux cœurs se lamentant,
Des chauds jours les séparant,
Tremblant quelque part dans l'univers,
D'un rouge abondant et d'un bleu soyeux.

Crépuscule

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?