Le verbe aimer

L’aimer

L’aimer comme un homme peut aimer, comme un homme peut se perdre. L’aimer comme on aime la femme, le cœur mutilé, puis le cœur serré jusque dans ses bras. L’aimer, jusqu’à la vénérer, la poser sur un arbre, délesté des rougeurs sculpturales. L’aimer à se perdre dans les aimer, aimer, aimer ! Le buisson tremblant à la lumière de son aura. L’aimer jusque la chanter, lui dire ce que l’on ne dira jamais. L’aimer jusque dans les frémissements des vagues au large. L’aimer jusqu’à ce que le blanc des sables s’éteigne à la pâleur de nos draps. L’aimer puis l’aimer, perdre le ciel, la terre, le froissement du vent, les premières neiges, les pas que l’on n’ose pas. L’aimer sans faillir l’aimer, sans oublier de l’aimer, la saisir par les mots et le regard. L’aimer jusqu’au cœur, et se cacher pour la voir. L’aimer apprenant à l’aimer. L’aimer dans sa voix profonde et le mystère de sa lumière. Lui murmurer : Ne bouge pas ! Surtout ne bouge pas !

Instantané

Orchidée

Des heures caricaturales,
Un couplet pour l'heure,
De l'hérésie d'un profane,
Sculpture opale,

Je m'en vais saillir ce bosquet,
Ruer comme un forcené,
Les flammes de notre cœur,
Sacrilège et fermeté.

Quand as-tu épousé notre violence ?
Les heures du silence et de l'apogée,
Fredonnent à ta voix les galbes de ta fureur,
Blasphème oratoire à hurler,

Et ton temps est compté,
Sur les flancs de mon corps,
Je t'ai invitée obséquieuse et nymphale,
Les eaux de ton orchidée.
journal posthume

Les étoiles

Photographie de Nikita Poleshchuk

Durant des heures, avec Mathilde, Isabelle et Édouard nous observons le ciel. Pas de lanterne ! Nous nous réchauffons avec du café ou du thé. En ce moment, le ciel parle beaucoup. Marthe et Claudine sont reparties dans le pays du Languedoc. Leur finesse et leur jovialité nous manquent. Elles ont étudié l’astronomie et même se sont intéressées à l’astrologie. Univers ancestral et féerique. J’ai beaucoup appris avec elles. Quand sereine, Chantelle (nous l’appellerons ainsi) refermait le livre, elle s’en allait, elle disparaissait dans les pensées les plus mystérieuses. Je ne pouvais rien y faire. Elle s’échappait. Comme j’aurais aimé entrer dans ses rêves ! Comme j’aurais aimé lui dire qu’elle m’impressionnait ! Je me suis toujours senti le pire des frustres. Une rocaille pétrifiée. A-t-elle su transpercer mon âme ? Je ne sais pas vivre sans elle et pourtant je continue… Ses silences me hantent. Ses mots me hantent. Sa fragilité et sa force me manquent. Son aura me manque. Son univers, sa présence. Pourtant, elle est là et aucune femme ne peut la remplacer. Fou, je le suis! Je la cherche partout. Je la vois partout. Même les étoiles ont son langage. Tout cela est un terrible mystère.

Instantané

Diagonale

Du sable intransigeant,
Allons donc ce pressentiment,
Au terrier de nos engagements,
Visible est notre flétrissure,
Mais, de la diagonale,
Mes mots n'ont rien amputé.
Les folies d'un loup de mer,
Je te suis pas à pas,
A l'ombre d'une fougère,
Récit de mes pas indolents,
Les mains plongeant jusqu'aux vagues,
Je te veux présente,
Assise sous un arbre,
Parlant savamment de nos constellées amantes.
Je te veux étrange et limpide,
Bruissée de nos silences,
Quand ton regard puise,
Au lointain d'une tourelle,
Je te veux profonde et exquise,
Marchant droit alors que frissonne le doux matin.  
Instantané

Vaisseau de nuit

Le vaisseau de nuit,
Sans embrun ni fragments,
La beauté de l'instant.

Fracassée de ces mots,
L'eau susurre, 
Les yeux nervures,
Le songe d'un lendemain.

La lumière jette un clair-obscur,
Pourquoi ces brisures,
Implantées dans les mots sans fin ?

Viens ! ma chair auprès de mes jours,
Cherche mes noirceurs,
Mon indécise césure,
La brume de mon cœur.
journal posthume

Etoiles fixes

Plus qu’un corps, une voix et plus qu’une voix, un regard, et plus qu’un regard, une joie. Le soleil peut disparaître et les étoiles filer dans une autre constellation, dans tes yeux, j’ai vu ton corps, et par ton corps, j’ai vu ton regard. De cette élasticité qui vient de la lumière, à l’aurore où tout se tait, quand tu viens plus près, ma Grande Ourse, mon Orion, ma Gazelle depuis Céphée jusqu’à la Voie Lactée, brillante, mes étoiles fixes et celles de l’Epée, combien de nuits à toutes les répertorier sur ton âme chétive et mon âme enfiévrée ?

journal posthume

Ma Muse

Je t’ai reconnue, ma Muse, aux yeux intransigeants, au vert de ton audace et je t’ai reconnue, par ton air nonchalant, ta démarche parmi le foisonnement des rêves, la tête dans les nuages. Je t’ai reconnue, ma Muse, au corps diaphane, les cheveux opulents, soleil couchant, braise de mon désir, lune de nos folies. Je t’ai reconnue, le feu de nos mots, dérives des petits pas dansants. Je t’ai prise dans mes bras, Muse de mes jours alanguis, de mes soubresauts de joie, toi femme de mon corps. Je t’ai reconnue et voulue. Comment ne pas te vouloir ? Le soleil de ton sourire, de ton indigence, les rayons de mon cœur qui bat.

Crépuscule

Hé ! Toi !

Hé ! Toi ! Qu'aurais-tu fait ?
A la place de Cid,
Si quoi que tu décides
C'est toi qui es défait.

Vengerais-tu ton père ?
Blessé par cette offense,
Sauvant les apparences,
Submergé de colère.

Appellerais-tu à médiation ?
Calmant tous les esprits,
Donnant aux deux parties,
Un temps de réflexion.

Enlèverais-tu la belle ?
Evitant toute embrouille,
Qu'après ils se débrouillent
Pour vider leur querelle !