journal posthume

Femme

Puisque je suis homme, puisque le désir m’a traversé d’une empreinte primitive, j’ai croisé les affres de l’amour, mais le piège est grand d’en faire un édifice, de faire couler une sorte de bave insidieuse devant quelques rêves inconsumés. La beauté d’une femme, son attraction n’en fait pas une marchandise, les temps dépravés, et ceux qui en parlent le moins le vivent avec une indicible douceur, car la Femme est bien à l’Homme, sa muse attitrée. Je fais le songe d’un lac où brûlent mes ardeurs, quand de la Femme, j’ai respiré un parfait parfum inachevé. Mais, comme je l’aime cette femme venue des temps du vrai amour, du temps où, semblable à la soie que l’on n’ose plus froisser, les parures de son âme vêt son corps d’une mémoire parachevée.

journal posthume

Hommage

J’aime la légèreté de ton âme et le feu simple de tes mots. J’aime le réel de ton rêve, tout comme j’aime les flux de ta douce voix. Elle est une étoile dans la nuit de mon sommeil et je t’attends, devenu ton servant quand la nuit m’enveloppe de ton enchantement. J’aime ta bohème, ton esprit fin et la sagesse de tes poèmes.

Crépuscule

Ison

Du fond de ton errance, 
A l'ellipse lointaine,
Courte fraction du temps éternel,
Ta chevelure aérienne,
Ton pas menu, tes infranchissables distances,
Voici un jour, voici une semaine,
Auprès de moi, ainsi que je t'aime,
Je me fais fidèle à servir ton heure,
Par ces secondes de bonheur,
Course vénérable, Ô ma vagabonde !
Messagère de mon cœur !
Sublime court arrêt, je suis ton amant,
Enfièvre de joie et du peu de mon moment,
Dis-lui, Ô Muse ! que c'est l'aveu de mon poème.
Crépuscule

Fugue

Il me plait de rêver l'aurore,
Fusain de toute musique,
Déplorant la minute stratégique,
Quand vibre seul le décor,
Voici que la symphonie,
S'assemble comme enchantée,
L'apothéose d'une note,
Dois-je feindre un ré,
Sur la touche noire de mon clavier ?
Dois-je lever la main vers le do ?
La promesse de ces doigts sacrés,
De cette harmonie d'un concerto,
Que sais-je de notre ode mouvementée ?
Crépuscule

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?

journal posthume

Femme

Cette femme m’a appris toutes les femmes. Elle les réunit toutes. Il m’a semblé incroyable qu’elle existât. Il faut du temps pour que la femme vienne, sans fard, sans désir, sans volonté. Il faut du temps pour que la femme surgisse et vous comble par son instant. Sa beauté, sa grâce, ses gestes, son discours délicat, ses pas. Elle a effacé tous les troubles, les a suscités tous, les a brandit avec son rire perlé, ses yeux fragiles, la main de son cœur et les a sublimés.