Instantané

Orchidée

Des heures caricaturales,
Un couplet pour l'heure,
De l'hérésie d'un profane,
Sculpture opale,

Je m'en vais saillir ce bosquet,
Ruer comme un forcené,
Les flammes de notre cœur,
Sacrilège et fermeté.

Quand as-tu épousé notre violence ?
Les heures du silence et de l'apogée,
Fredonnent à ta voix les galbes de ta fureur,
Blasphème oratoire à hurler,

Et ton temps est compté,
Sur les flancs de mon corps,
Je t'ai invitée obséquieuse et nymphale,
Les eaux de ton orchidée.
Instantané

Rareté

La rareté devenue source de joie,
L'atrocité, laideur dissonante,
Démembrements sordides d'ébriété,
Les ronces dévorent ton cœur émietté,
Mais je n'irai pas dans ce qui se casse,
Porcelaine de laine, écheveaux de bois.
Je ne mangerai pas à la table des lâches,
Je ne mangerai pas à la table rase,
Ceux qui font des mots cocasses,
Des bribes de n'importe quoi.
Sache-le, la laideur a ses limites,
Et je n'irai pas chez toi.
Je ne boirai pas de tes sens,
Ils ont raidi mon ventre,
Ils ont froidi mon élan vivace,
Je n'irai pas sur ton toit,
Ni ne mangerai à la soupe de tes morsures,
Du pullulement de tes limitations,
J'irai plutôt vers ceux qui ne parlent pas,
Sache-le, tu ne m'intéresses pas.
Instantané

Diagonale

Du sable intransigeant,
Allons donc ce pressentiment,
Au terrier de nos engagements,
Visible est notre flétrissure,
Mais, de la diagonale,
Mes mots n'ont rien amputé.
Les folies d'un loup de mer,
Je te suis pas à pas,
A l'ombre d'une fougère,
Récit de mes pas indolents,
Les mains plongeant jusqu'aux vagues,
Je te veux présente,
Assise sous un arbre,
Parlant savamment de nos constellées amantes.
Je te veux étrange et limpide,
Bruissée de nos silences,
Quand ton regard puise,
Au lointain d'une tourelle,
Je te veux profonde et exquise,
Marchant droit alors que frissonne le doux matin.  
Instantané

Vaisseau de nuit

Le vaisseau de nuit,
Sans embrun ni fragments,
La beauté de l'instant.

Fracassée de ces mots,
L'eau susurre, 
Les yeux nervures,
Le songe d'un lendemain.

La lumière jette un clair-obscur,
Pourquoi ces brisures,
Implantées dans les mots sans fin ?

Viens ! ma chair auprès de mes jours,
Cherche mes noirceurs,
Mon indécise césure,
La brume de mon cœur.
journal posthume

La poésie facile

Certains ont la poésie qui sonne faux, à couper les herbes rases, à dire ce qu’ils n’ont jamais vécu. Qu’ils approchent par le mot ces lignes blanches, ils en font un instrument de torture et de dissonance pour ceux qui puisent dans leur sang. La chair des mots, la chair des dents, la peau arrachée, la nudité écorchée, ensablée et dont on a vêtue de sel pour des saisons que l’on tait avec pertinence. Que sait-on des lunes qui passent, et des aubes qui s’attardent ? Que sait-on du chant des amours broyés par les ouragans ? Du crépuscule, des sempiternels mensonges. Quelques miettes et quelques vomissements.

Crépuscule

Hé ! Toi !

Hé ! Toi ! Qu'aurais-tu fait ?
A la place de Cid,
Si quoi que tu décides
C'est toi qui es défait.

Vengerais-tu ton père ?
Blessé par cette offense,
Sauvant les apparences,
Submergé de colère.

Appellerais-tu à médiation ?
Calmant tous les esprits,
Donnant aux deux parties,
Un temps de réflexion.

Enlèverais-tu la belle ?
Evitant toute embrouille,
Qu'après ils se débrouillent
Pour vider leur querelle !