Crépuscule

Hé ! Toi !

Hé ! Toi ! Qu'aurais-tu fait ?
A la place de Cid,
Si quoi que tu décides
C'est toi qui es défait.

Vengerais-tu ton père ?
Blessé par cette offense,
Sauvant les apparences,
Submergé de colère.

Appellerais-tu à médiation ?
Calmant tous les esprits,
Donnant aux deux parties,
Un temps de réflexion.

Enlèverais-tu la belle ?
Evitant toute embrouille,
Qu'après ils se débrouillent
Pour vider leur querelle !

journal posthume

Poètes maudits

S’extraire de la malédiction des poètes, cesser l’identification, trouver le tunnel, courir la mémoire de notre couloir obscurci, écrire aigu dans les extractions de nos sables mouvants. Parfois, je les envie, ceux qui se rencontraient et s’usaient dans leur forme et dans leurs affres. Ces poètes maudits avaient rompu toutes les digues. S’étaient-ils perdus en chemin ? Leur âme sourde avaient à peine frémi, puis de la chute, avaient bu jusqu’à la lie. Mais, je reconnais qu’ils avaient dans leur outrance et leur déchirure, trouver l’écorchure de leur enfer. Ils avaient arraché de la poussière, de leur torture mortifère des spasmes brûlants de vie.

journal posthume

Ecriture du siècle

L’équilibre dans une écriture est sans doute révélateur d’une grande sagesse. Ecrire sans fil conducteur, c’est comme s’aventurer dans une forêt amazonienne sans guide. S’y risquer sera peut-être source d’expérience, mais j’imagine que ce sera de courte durée. La sphère inspiratrice ne peut être ni émotionnel, ni mental. Le bavardage poétique n’est pas poésie. Je m’étonne que certains écrivent comme à l’école, se voient par la loupe grossissante du narcissisme et se considèrent comme de grands poètes. Les exercices scolaires équivalent à apprendre à faire du vélo. Mais, ce ne sont pas les exercices qui font le poète. Beaucoup apprennent à jouer d’un instrument, pour autant, sont-ils tous de bons joueurs ? Ce monde ne supporte plus les critiques. Pourquoi ? Parce qu’il est paresseux.

journal posthume

Sensibilité poétique

Tous les pissenlits se sont transformés en une volée de petites aigrettes. Les fraises fleurissent plus tardivement dans ces régions. Une saison qui prend son envol. Avec Marthe et Claudine, nous devisions sur la terrasse. Je me demandais ce que pouvait bien signifier sensibilité poétique. Elles se sont esclaffées toutes les deux. A ce moment là, j’étais parti. J’ai mis beaucoup de temps à partir. Toute une vie pour ne plus s’accrocher à ce que l’on croit. Je n’ai jamais pu m’attacher à personne, en dehors de cette femme. Une femme éclipse toutes les autres. Pourquoi ? Marthe me dit que j’ai toujours été sensible. Mais, non ! j’ai été un monstre de froideur. Ce n’est pas parce que nous sommes serviables que nous sommes vraiment sensibles. Ses mots sont imprégnés de son long regard. Elle est la sensibilité naturelle. Elle vous retient. Elle vous retient toute une vie. Elle vous fait entrer dans le cœur d’une aigrette.

Le verbe aimer

Sépulture

Invraisemblance jubilatoire,
Partout d'une vague scène,
Au son des pseudo-oratoires, 
Quelle est encore cette querelle ?

Toi, femme dont l'aurore peine,
Le mot d'un répertoire halluciné,
Le vent ici fait sa scandaleuse tournée,
Puis, la mort avait chosé sereine,

Les climats d'une plainte et d'une destinée,
Pareils à un bol de lait de ferme,
Sans que je ne puisse plus m'exprimer,
Ah ! Pitié femme éventrée pleine de haine.

Des bleuâtres lèvres calcinées, 
Je vis ton âme s'écorcher de brûlures,
Ton cadavre gît comme la feu dulcinée,
Ah ! Pitié, achève donc ta lente sépulture !
Le verbe aimer

L’absence

On ne guérit jamais d'un amour,
Si tu me le dis,
S'agit-il d'un parjure ?
Quand s'entremêlent les jours,
L'on succombe, c'est sûr.
A te le dire, je jure
Que mon sang bouillonne sans mesure.
Qu'il faille que mes yeux te suivent,
Que mon cœur s'enhardisse,
Que mes mains longent tes cieux,
Que nos rives s'unissent,
Pour que l'absence s'émeuve.