journal posthume

Visite de Paul

Mon ami Paul vient de me déverser un de ses drôles de romans tragiques. Encore une histoire de femme vénale ! Elle s’était rapprochée, pour profiter de lui, pour se mettre en avant, pour briller des faux diamants qu’elle croyait pouvoir obtenir, une fausseté pitoyable. Elle avait profité de la différence d’âge, de son petit déhanché sournois. Elle avait agité les mains et les pieds. Le pauvre Paul avait succombé à ses œillades. Je n’ai aucune excuse, m’avoua-t-il. Quand la vie nous plonge dans le plus grand désarroi, on a de soi quelques lambeaux à ramasser, mais en vérité, il s’agit d’une véritable faille, la faille par laquelle je l’ai laissée m’avoir. Je savais que quelque chose n’allait pas. Mais, à ma façon, ça me plaisait d’être aimé. Pauvre type ! Je lui fis quelque tapes dans le dos. Il y en a plus que nous l’imaginons de ces femmes. D’ailleurs, la plupart des gens sont faux et ne s’approchent de vous que pour un intérêt personnel. Mais Paul ne m’écoutait pas. J’ai perdu la femme de ma vie, et lui, il a perdu ce qu’il ne possédait même pas. Un mirage de plus ! J’ai de la chance d’avoir de fidèles amis. Des amis depuis l’enfance, et des rencontres solides faites en cours de vie. C’est vrai, je pense toujours à elle. Elle me hante. Elle me tient tout entier. Nos années, nos années, je les retiens avec toute la rage d’un homme qui n’en a pas d’autres.

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L’Art

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Les quartiers sont les villages de notre conscience. Le quart, ce quart qui met en partage. Et l’Art ? Car, l’Art n’est pas originalité, mais origine. Si l’art n’élève pas, c’est alors confondre un restaurant avec un fast-food. L’Art percute notre âme. Mais, il ne la viole pas. Je pense que nous confondons l’art et les problèmes psychiatriques de certains. Confondre bruit et musique. Confondre atelier et zone industrielle. L’Art devenu égouttoir des impasses de notre psychisme. Bon, je veux bien de l’art thérapie… L’œil d’un homme coincé dans ses dédales et la galerie s’amuse. Mondanités des faux-culs. La citrouille d’un gargarisme hoquetant éclatée sur une toile blanche. Il y en a qui n’ont pas peur. Le ridicule ne tue pas, dit-on. J’ai beau scruter longtemps un tableau, je ne trouve pas qu’une patte de mouche sur un fond noir puisse faire jaillir le meilleur de moi-même. L’Art dans tous ses états !!!

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Chez cuculand

Les chansonnettes pour midi-net, apologie de la bêtise. Romance à deux balles sans rien de profond, mais vas-tu un peu plus plonger au-delà de ta sentimentalité ? le monde est à gerber. On nous vole nos amours, on nous vole nos amitiés : tout est abîmé. Bon sang ! le cerveau des hommes est une écumoire baveuse. Cuculand. Musique défoncée au supermarché, heure de pose, ou pause débridée. L’amour ménage, Monsieur propre au logis, cervelle d’oiselle et autre acabit. Chez cuculand, on parle d’amour mais on ne sait pas aimer. Non ! je me trompe : on ne parle pas d’amour. C’est le vide existentiel. Depuis quand la vie avait son sens ? On nous bassine avec du vide, on ne comprend pas ce que l’on n’a jamais expérimenté. Des loques, des lambeaux de chair. Des rumeurs de cerveaux. Il n’y a plus ni homme ni femme, mais des ombres qui déambulent dans un décors usé, miteux. Des fesses, on en voit partout et des mains qui s’y posent, quelle blague ! Réinventer l’homme ! Réinventer la femme ! On s’ennuie avec ces corps vidés de leur charme.

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La quantité tue

Comment être attaché à ce qui ne dure qu’un instant et perdu l’instant d’après ? J’ai beau me gratter la tête, je ne parviens pas à comprendre la folie, le délire presque macabre des hommes. Bon ! Je sirote quelques textes. Sinon, on se rend compte de la cacophonie mentale. J’ai l’impression d’être dans un lugubre cauchemar. Cette quantité de textes, de mots sortis tout droit d’une tombe monumentale me donnent à fuir. C’est nauséeux. Du à peu près, du copier-mental en quantité. Comment font tous ces gens qui vivotent de réseaux sociaux ? Réseaux démentiels, à n’en pas douter !

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Le cœur hideux

J’ai toujours été profondément dégouté par le mépris que l’on a à l’égard de la femme et je me posai la question quand il advint que je vécus un dialogue assez troublant, voire interpellant, et ce avec une certaine personne dont je tairai ici le nom. Ce qui compte après tout, c’est l’esprit de la chose que je développerai présentement. Parlons de synchronicité, de coup du hasard, il n’en reste pas moins que cela advint. L’on me fit le récit bien cruel des aveux d’une personne qui revenait de loin.

Elle raconta sa chute terrifiante, ses déboires dans les tréfonds sordides de son psychisme. Elle le fit avec une telle lucidité que l’on se demandait comment elle avait pu vivre pareil cauchemar. Je ne dévoilerai pas son enfer, mais ses propos firent l’effet d’une révélation qui me laissa stupéfait. Il y a avait de l’honnêteté dans ses confidences.

Non ! ne considérez pas ces dires comme une simple confession, car, il fut le pire des proxénètes : il prostitua sa mère, sa sœur et sa propre fille. Il fit étalage de leur corps sur les réseaux sociaux, les étala comme de vulgaires corps. Il était allé si loin dans son éclatement psychique et mental qu’il ne voyait plus en elle des gens de sa famille. Il s’agissait juste de corps, d’objets sexuels. Il en vint à dire, non sans éprouver pour lui-même une sorte d’abjection personnelle : tous les corps se valaient. Toute cette hiérarchie des corps exposés, de la jouissance la plus triviale, au règne des sens les plus épouvantables, m’avaient complétement dépourvus du moindre sentiment de filiation. Pour moi, aucun humain n’était humain. Tout était chair, luxure, source jubilatoire de plaisir, de rut et d’égoïsme, le plus éhonté qui soit. Un véritable étalage brisant les digues, non pas de la décence, mais de l’humain. Tel un drogué, j’avais sombré dans une totale négation de l’homme pour assouvir plaisirs de la chair, obscénités, désordres et concupiscences en tout genre. C’est quand ma mère sombra dans la folie la plus démentielle, qu’elle tua sa propre fille que je me réveillai du plus sordide des cauchemars. Je prie conscience du dérèglement de l’humanité, de son commerce sexuel sans borne, de sa plus inhumaine attitude, du règne démoniaque qui sévit aujourd’hui, au vu et au su de tous, sans que personne n’y trouve plus rien à redire. Les hommes vendent leur mère, leur fille, leur sœur, leur frère sans plus aucune espèce de discernement, d’empathie, de considération. L’homme déteste jusqu’à son humanité qu’il détruit jour après jour, sans même comprendre qu’il corrompt tout de ses mains hideuses.

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Thésée

Mi-homme mi-taureau, dégringolade aux enfers, les ténèbres d’un double aveuglement, civilisation délétère, cravatée par l’outrance moderniste, propagation des soubresauts de la dernière vague, tuerie des mentaux pétrifiés, combien Thésée tarde à mener l’ultime bataille contre la bête ! Ce monde n’hésite pas une seule seconde à défendre son poison, un vin altéré, maudit des dieux, impuni des hommes, la débâcle d’une Babylone ; que ferait Suburre ? Rougirait-elle de sa propre tiédeur face à l’immondice des quartiers pullulants du monde ? Cette bête en nous, contrefaçon de l’homme, la lie, l’imposture nauséabonde. De la nature, j’ai appris à voir ce que valent les mensonges déversés depuis longtemps dans le cœur des hommes. Je ne crois pas en la bête. Celle-ci, minotaure des déversoirs de luxure, bannissant l’homme, le chassant de son humanité, chute mémorielle. Pourtant, Thésée possède une arme et je gage qu’il la réserve à la bête du monde entier.

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Hédonisme, épicurisme et stoïcisme, partie 2

Il est bien difficile de sortir des sentiers battus. Il est bien difficile de faire l’apologie du plaisir, car, n’est-il pas l’antinomie du Bonheur ? Le plaisir de déguster savamment, avec la bouche en cul de poule, des mets trempés dans l’égoïsme le plus éhonté. Non ! Je dis : non ! Le monde moderne, le bâtard, l’avorton, à peine tétanisé par l’air le plus vicié, l’homme corrompu, qui se dissout dans la flasque masse, quantité nerveuse et pathologiquement apathique, cerveau détrempé dans les acides aminés raréfiés, ce monde moderne d’une pauvreté à nous hisser hors de nous-même est le monde du mélange et de la confusion. Le plaisir, cet appauvrissement des sens, cette mécanisation de la vie, est la parfaite manifestation de l’indécent individualisme. Ici, l’on confond plaisir et Bonheur. Autant parler d’une singulière diarrhée qui se déverse, à force de trop de consommation, dans les cuvettes de notre insouciance. Autant évoquer, sans le moindre scrupule, notre égoïsme tartufe, celui des pleutres et des analphabètes mentaux. Quel gargarisme ! Se racler la gorge et cracher. Mais où pouvons-nous déverser notre nausée ? Stoïque attitude, dignité surfaite, posture yogique du corps et de l’esprit. Nous ne changerons pas le monde. Vaine promesse ! Nous plantons notre tremblant étendard de détresse ou bien est-ce enfin de la sagesse ?

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Serial Killer

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Injonction violente, postulat impérieux, du psychopathe des mots au psychopathe des cieux, je gage que la différence soit mince. Un filet écumeux entre les dents époustouflées et la haine fait mousse. Les mots sont tordus face à de telles hideuses instances. Qu’as-tu Hervé à geindre avec du cyanure aux lèvres ? Marmite ombellifère et genoux sécables, voici des damnés qui susurrent en grinçant des dents. Des mots persiffleurs jusqu’au cou et ce serial killer a la gâchette facile. Au désert des imposteurs, la guerre fait des ravages. Les mots trouvent la chair et les canons tuent, lentement, un à un, les vivants. Qu’as-tu Hervé à imposer ta revanche, comme si tu avais peur ? Des mouches se piquent de ton assiette, et tes rocs cachent des crachats tortionnaires. Ceux qui ne sont pas heureux creusent les tranchées de la mort. Un seul mot ne suffit plus. Il te faut du nucléaire de haine. Cent coups qui se déversent, Hervé, et tu jouis de ta rage tel un enragé. Pourquoi Hervé ?

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Hédonisme, épicurisme et stoïcisme, partie 1

La philosophie de l’Être, une découverte récurrente, comme si nous naissions d’une toute nouvelle lune, alors que depuis des millénaires, les plus grands hommes avaient trouvé en eux la pierre philosophale. Du french cancan, poussé à l’extrême, ce qui ne serait qu’une perversité humaine, ce monde consommé de consommation en tout genre, aboutit à une frénésie quasi pathologique. Des implications pour le moins irréalistes et des engagements à en suer le plafond de nos têtes. La philosophie de l’Être, car sans être, qui serions-nous ? De l’ontologie horlogère, d’une minute poussive, tout est dans l’ordre des choses. Equanimité des sages, scrutant les étoiles. Non ! Nous ne venons pas de naître. Nous sommes à la redécouverte. Tout est à rafler, anarchie d’une nouveauté. Faire table rase, se raser le crane, faire enfin de son humanité une longue histoire, une synthèse. Plaisir ne peut être une fin en soi. La faim de tout renouveler, les révolutions qui font de nos vies des prises d’otage. Retrouver son être, l’Être. Voilà bien la véritable révolution qui révolutionne absolument tout. Lao Tseu disait : « Le sage peut découvrir le monde sans franchir sa porte. Il voit sans regarder, accomplit sans agir. » La voie sera spirituelle ou ne sera pas. Le temps des bombes, le temps des tranchées, le temps des locomotives à vapeur, le temps des TGV, tout cela sera balayé et l’on reviendra à l’essentiel, tout comme me le dit Édouard. Nous ne sommes ni touristes, quelle facilité prompte à réduire pour mieux apparaître ! ni des insouciants. Nous sommes à la redécouverte. Nous sommes nos fondateurs, nos co-fondations.

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Le passage obligé

Être un pas sage, n’est pas futilité, mais engagement vivace et fort approprié. Pour parvenir à cet état, faut-il donc traverser un pont, puis un autre, car l’enfer est sous nos pieds. Fausse moralité a bon dos sur l’âne qui porte un savoir quelque peu morcelé, un élément du puzzle oublié ? Alors, un à un, mes actes vont s’ancrer et je plante un arbre que je nomme sincérité. La politique de l’autruche ne consiste pas à mettre une tête dans le sable pour ne pas voir, mais bien de cacher les vraies réalités. Quand on vit, on a les forces de nos intériorités. Combien de fois j’ai vu la mauvaise foi passer pour de l’intégrité. Les gens qui râlent sont souvent ceux qui n’ont en rien à cirer. Des pets dans l’eau, épée mouillée de fausses morales et de désengagement vis-à-vis de l’humanité. Un pas en amène un autre et le pas sage est celui qui a toute ma fidélité.