journal posthume

Ces vagues

D’un autre temps, éclairci par les vagues, bien vagues, au-dessus des jours, au-dessus des lois physiques, au-dessus des formatages, ces vagues n’atteignent jamais le rivage. Elles éclaboussent, par leurs silencieuses écumes les pauvres qui marchent. Sont-ce des fous ? Sont-ce de simples d’esprits ? Ils marchent, la main dans la main et offrent à leur corps décharné, un temps disparu dans un abîme sans fond, leur inconcevable beauté. Quand l’encre noire s’empare des nuits sans lune, l’océan garde, comme investi de sérénité, ces vagues inclinées.

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Escale à Louksor

Éluder notre confort est semblable à l’indigeste repas servi à grand renfort d’alcool pour oublier notre naissance. Des textures œnologiques, des attouchements fébriles dans la rusticité du palais mental. Rien n’y fait : nous n’échappons guère à notre naissance. Il est vrai que le prodige du voyage est d’enclencher le voyage en nous-mêmes, sinon, le surplace est la seule conclusion qui s’impose. J’y pense depuis tous ces jours. Voyager, c’est en quelques sortes partir à l’aventure d’une rencontre. Bien souvent, dans l’inconfort de la salle d’attente, dans quelque brumeux ou poussiéreux locaux perdus au fin fond de la brousse, quand le simple fait de transpirer nous fait redouter le pire, insalubrité et lourdeurs en tout genre. Un de mes souvenirs majeur est sans doute notre escale en Egypte, lors d’un long périple. Cette escale, qui dura une huitaine d’heures, dans le fameux aéroport de Louksor, me fit remonter dans le temps. Je ne voyais plus que les imposantes pyramides. De nature assez distraite, je peux rester ainsi des heures entières, complètement décalé, en marge du temps.

La nudité dans laquelle nous plonge un voyage est une réelle opportunité pour nous heurter sans pudeur et une fois pour toute. Les autres nous apprennent à nous voir, sans possibilité de se cacher derrière un masque. Ici, c’était le temps qui me donna une leçon d’humilité.