Année 2021

Très peu présent en ce moment sur mon blog, me consacrant à la rédaction d’un roman, je vous présente, néanmoins à tous, mes vœux les plus chaleureux et remercie toutes celles et ceux qui savent partager un peu de ce qui nous réchauffe le cœur en ce bas-monde.

La douleur

Les images de certains jours sont des hantises. L’amour d’un homme devient un harcèlement et il prend forme dans les visages qui passent sur les trottoirs. Cette sensibilité a-t-elle droit de citer dans ce monde qui nous étouffe ? L’amour d’un homme dans les bras des draps froissés… Aimer plusieurs fois tient de la folie. Aimer sans visage. Aimer sans corps. Aimer la douleur.

Les étoiles

J’ai coutume de ranger méthodiquement mon atelier. J’ai aménagé moi-même, avec du bois que j’ai récupérés, des casiers. Cela m’a pris des années. Mais le résultat est au-dessus de mon attente. Enfin, la maison est prête. Mes livres disposés sur une étagère mobile, mon bureau sous l’escalier et mon coin virtuel face à la fenêtre. J’y vais assez rarement pour le moment. Je travaille encore en écrivant sur des feuilles que je range, comme tous mes outils, dans des tiroirs ouverts. Aujourd’hui, Gérôme est passé. Mon plus vieil ami. Il ne parle pas beaucoup. Il me demande des nouvelles, allume une pipe, puis, après un bref tapotement sur l’épaule, il s’en va. La nuit tombe et les étoiles scintillent. Elles clignent avec une constance assez déconcertante. Je remonte vers elles.

Promenade

L’occupation des jours se résume à beaucoup d’imprévus. Il semble que ma relation avec cet outil de travail, ce moyen d’investigation me mène à reconnaître le bienfondé d’une approche assez baroque du monde. La terre travaille. Elle nous ramène à l’humilité et nous insécurise aussi, ce qui me semble nécessaire aujourd’hui. Je ne peux pas aller plus loin. Je mentirai autrement. Mais j’aperçois ici et là de belles personnes, de belles œuvres fondamentalement humaines. C’est une paix qui s’installe quand tout va mal. Je cultive le silence, même sur ce blog. Je me promène.

Escale à Louksor

Éluder notre confort est semblable à l’indigeste repas servi à grand renfort d’alcool pour oublier notre naissance. Des textures œnologiques, des attouchements fébriles dans la rusticité du palais mental. Rien n’y fait : nous n’échappons guère à notre naissance. Il est vrai que le prodige du voyage est d’enclencher le voyage en nous-mêmes, sinon, le surplace est la seule conclusion qui s’impose. J’y pense depuis tous ces jours. Voyager, c’est en quelques sortes partir à l’aventure d’une rencontre. Bien souvent, dans l’inconfort de la salle d’attente, dans quelque brumeux ou poussiéreux locaux perdus au fin fond de la brousse, quand le simple fait de transpirer nous fait redouter le pire, insalubrité et lourdeurs en tout genre. Un de mes souvenirs majeur est sans doute notre escale en Egypte, lors d’un long périple. Cette escale, qui dura une huitaine d’heures, dans le fameux aéroport de Louksor, me fit remonter dans le temps. Je ne voyais plus que les imposantes pyramides. De nature assez distraite, je peux rester ainsi des heures entières, complètement décalé, en marge du temps.

La nudité dans laquelle nous plonge un voyage est une réelle opportunité pour nous heurter sans pudeur et une fois pour toute. Les autres nous apprennent à nous voir, sans possibilité de se cacher derrière un masque. Ici, c’était le temps qui me donna une leçon d’humilité.

Raideurs

La formidable opportunité est de délier les langues jusqu’à la simplicité évoquée. Évider l’incontournable propos, mais s’ajuster au son le plus harmonieux. De nos innombrables voyages, nous avons rencontré souvent une petite ruelle inévitable, celle que l’on finit toujours par traverser, n’importe où dans le monde, aux relents putrides, qui vous suffoquent jusqu’au plus profond de votre propre âcreté, et vous traversez ce moment d’apnée, courbé à tout jamais, vous perdant dans votre occident, enchaîné par les raideurs pestilentielles et vous ne savez plus si ces odeurs viennent des poubelles d’une cité arriérée d’un quelconque tiers monde, ou bien s’il s’agit de votre mental froidi par des années de conditionnement. Combien de fois avons-nous vomi nos raideurs ? Puis, à plonger dans les yeux d’un enfant en guenilles, nous respirons enfin à plein poumon. Cet enfant misérable, qui me voit tel un dieu, ne sait pas combien sa simplicité vient briser la sclérose de mon cerveau.