Le peintre

Parle bas, dit l'homme au chapeau,
Le silence est une partition,
Tandis que les instruments, tes pinceaux,
Plus loin, on voit l'esquisse d'un pont.

Mes toiles finies, j'en fais don,
A cet art, je suis hermétique,
Palettes qui font de la musique,
Par touches, sans hésitation.

Le chevalet fit une sorte de bon,
Le tableau peignait le foin,
Un panier de cerises sur le coin,
Je courais après boustrophédon.

Bérénice

Bérénice, tentative contestatrice,
Et toi, Aède, me confieras-tu leur passion,
Avant que l'aube ne blêmisse,
Et que s'échevèlent les constellations ?

Douce Véga, opposée du nadir,
Comme une lyre sous les doigts d'Apollon,
Vibre de beauté et se délivre,
Des millions et des millions...

Unique Ariane de Minos l'idéale,
Jette sa coiffe réale,
Tandis que Thésée, son féal,
En tresse une couronne boréale,

Mais ma Bérénice songe à Antarès,
Tandis que sa chevelure,
Tresse sur ma main une caresse,
S'égare dans les césures.

Longues nuits qu'un oiseau trouble,
Les ailes déployés : le Cygne,
Albiréo, l'étoile double,
Déneb majestueuse et digne.

N'est-il pas venu le temps,
Si près de Sagittaire,
Quand le scorpion mène un dur combat,
De tout laisser faire ?

Femme

Cette femme m’a appris toutes les femmes. Elle les réunit toutes. Il m’a semblé incroyable qu’elle existât. Il faut du temps pour que la femme vienne, sans fard, sans désir, sans volonté. Il faut du temps pour que la femme surgisse et vous comble par son instant. Sa beauté, sa grâce, ses gestes, son discours délicat, ses pas. Elle a effacé tous les troubles, les a suscités tous, les a brandit avec son rire perlé, ses yeux fragiles, la main de son cœur et les a sublimés.

Simplicité

Dans la simplicité, il se retrouve bien mieux que dans les nœuds de mots amoncelés qu’il ne saisit pas et dont il ne voudrait pas se saisir, pour tout l’or du monde. Ceux qui font place aux autres par leur discrétion est gage d’authenticité. Les mots les plus simples sont les gestes les plus simples. Les balades au clair de lune, avec ma Muse, gentianes et pourpres, bleuets et ambroisies, au suc des lèvres et des rêveries.

Année 2021

Très peu présent en ce moment sur mon blog, me consacrant à la rédaction d’un roman, je vous présente, néanmoins à tous, mes vœux les plus chaleureux et remercie toutes celles et ceux qui savent partager un peu de ce qui nous réchauffe le cœur en ce bas-monde.

La douleur

Les images de certains jours sont des hantises. L’amour d’un homme devient un harcèlement et il prend forme dans les visages qui passent sur les trottoirs. Cette sensibilité a-t-elle droit de citer dans ce monde qui nous étouffe ? L’amour d’un homme dans les bras des draps froissés… Aimer plusieurs fois tient de la folie. Aimer sans visage. Aimer sans corps. Aimer la douleur.

Les étoiles

J’ai coutume de ranger méthodiquement mon atelier. J’ai aménagé moi-même, avec du bois que j’ai récupérés, des casiers. Cela m’a pris des années. Mais le résultat est au-dessus de mon attente. Enfin, la maison est prête. Mes livres disposés sur une étagère mobile, mon bureau sous l’escalier et mon coin virtuel face à la fenêtre. J’y vais assez rarement pour le moment. Je travaille encore en écrivant sur des feuilles que je range, comme tous mes outils, dans des tiroirs ouverts. Aujourd’hui, Gérôme est passé. Mon plus vieil ami. Il ne parle pas beaucoup. Il me demande des nouvelles, allume une pipe, puis, après un bref tapotement sur l’épaule, il s’en va. La nuit tombe et les étoiles scintillent. Elles clignent avec une constance assez déconcertante. Je remonte vers elles.

Promenade

L’occupation des jours se résume à beaucoup d’imprévus. Il semble que ma relation avec cet outil de travail, ce moyen d’investigation me mène à reconnaître le bienfondé d’une approche assez baroque du monde. La terre travaille. Elle nous ramène à l’humilité et nous insécurise aussi, ce qui me semble nécessaire aujourd’hui. Je ne peux pas aller plus loin. Je mentirai autrement. Mais j’aperçois ici et là de belles personnes, de belles œuvres fondamentalement humaines. C’est une paix qui s’installe quand tout va mal. Je cultive le silence, même sur ce blog. Je me promène.