Raideurs

La formidable opportunité est de délier les langues jusqu’à la simplicité évoquée. Évider l’incontournable propos, mais s’ajuster au son le plus harmonieux. De nos innombrables voyages, nous avons rencontré souvent une petite ruelle inévitable, celle que l’on finit toujours par traverser, n’importe où dans le monde, aux relents putrides, qui vous suffoquent jusqu’au plus profond de votre propre âcreté, et vous traversez ce moment d’apnée, courbé à tout jamais, vous perdant dans votre occident, enchaîné par les raideurs pestilentielles et vous ne savez plus si ces odeurs viennent des poubelles d’une cité arriérée d’un quelconque tiers monde, ou bien s’il s’agit de votre mental froidi par des années de conditionnement. Combien de fois avons-nous vomi nos raideurs ? Puis, à plonger dans les yeux d’un enfant en guenilles, nous respirons enfin à plein poumon. Cet enfant misérable, qui me voit tel un dieu, ne sait pas combien sa simplicité vient briser la sclérose de mon cerveau.

2 réflexions sur « Raideurs »

  1. J’aime beaucoup votre ton incisif, et vous me rappelez combien l’autre nous renvoie à notre propre misère. Il ne s’agit nullement de se racheter, mais, peut-être enfin, de ne pas nous manquer ? Pourtant, je ne suis pas sûre qu’il faille nous opposer en terme de tiers monde et même d’occidental. Qui sommes-nous pour avoir donné une image de dieu à l’autre ?

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    1. Merci Béatrice pour cette appréciation qui me touche. Effectivement, vous avez raison sur ce point : nous n’avons pas à nous imposer en ces termes-là. Quand j’étais plus jeune et que je traversais certains quartiers du monde, je m’en voulais d’éprouver une sorte de répugnance, non pas à l’égard des gens, ni pour leur condition de vie, qui provoque toujours une sorte de honte en nous mais aussi de compassion. Non, je crois que je m’en voulais à moi-même de ressentir ces choses. Elles m’incommodaient parce que je brisais une réalité qui est fondamentalement la mienne. J’ai voulu ici témoigner de cela sans fausses pudeurs. J’y reviendrai sans doute puisque j’ai longtemps médité sur cet aspect du voyage, sur la condition de la rencontre avec soi.

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